CNRS Editions

  • Crêtes multicolores, vestes à clous, pantalons issus de surplus militaires, bouteilles de bières entassées, No Future, voix et musique saturées rythmant le pogo d'une foule bariolée : le mot " punk " charrie à lui seul son lot d'images toutes faites. Par-delà les clichés, comment ce style musical venu de New-York et de Londres s'est-il implanté en France ? Si le mouvement punk connaît son âge d'or dans les années 1980, avant d'être supplanté sur la scène médiatique par d'autres musiques contestataires, il n'en demeure pas moins prégnant dans certains espaces sociaux et géographiques. Mais qui devient punk ? Où ? Comment ? De quelle vision du monde cette musique est-elle le vecteur ? En quoi est-elle aussi un mode de vie, placé sous le signe du Do It Yourself, qui offre un point de vue décalé sur la société française et ses évolutions ?

    Pour comprendre les multiples facettes du punk et retracer son histoire, cette enquête au long cours mobilise tous les outils de la sociologie : observation participante, analyses statistiques, entretiens et suivi dans la durée de nombreuses trajectoires individuelles d'amateurs comme de musiciens. Ouvrant les portes d'un monde à part, elle parvient de la sorte à reconstituer les logiques sociales expliquant la genèse, l'organisation et la persistance d'une musique qui est aussi un style de vie.

  • Cela est contre-intuitif, mais souvent nous ne pensons et n'agissons pas de façon rationnelle. Par exemple, après les attaques du World Trade Center, beaucoup d'entre nous ont eu peur de prendre l'avion et ont privilégié les déplacements en voiture lorsqu'ils étaient possibles. Pourtant la probabilité de mourir en avion est très inférieure à celle de mourir en voiture.

    Cela est contre-intuitif, mais souvent nous ne pensons et n'agissons pas de façon rationnelle. Par exemple, après les attaques du World Trade Center, beaucoup d'entre nous ont eu peur de prendre l'avion et ont privilégié les déplacements en voiture lorsqu'ils étaient possibles. Pourtant la probabilité de mourir en avion est très inférieure à celle de mourir en voiture.

    Pourquoi avons-nous tendance à accorder plus de poids aux informations qui confirment nos croyances qu'à celles qui les infirment ?

    Pourquoi les narrations construites par notre cerveau peuvent être parfaitement cohérentes et néanmoins totalement erronées ? Bref, pourquoi sommes-nous biaisés ? Comprendre et savoir remédier aux biais cognitifs est fondamental car leurs conséquences tant au niveau individuel qu'au niveau collectif sont loin d'être anodines.

    Maniement des probabilités, compréhension du hasard, prise de décision : dans chacun de ces domaines, l'influence des biais cognitifs est majeure. En s'appuyant sur de nombreux exemples de notre quotidien et dans un style très vivant, Vincent Berthet met en lumière notre rationalité limitée. Et montre comment certains acteurs en tirent parfois profit.

    Une plongée au coeur de notre irrationalité.

  • Près de 600 notices, une équipe de 126 auteurs venus de vingt pays et réunissant les meilleurs spécialistes de Pierre Bourdieu, sociologues, politistes, philosophes, historiens, anthropologues, littéraires... Par sa dimension collective, internationale et interdisciplinaire, ce Dictionnaire renouvelle en profondeur l'état des savoirs sur l'auteur de sciences sociales aujourd'hui le plus cité au monde.

    Les entrées portent aussi bien sur les concepts, objets de recherche, méthodes, disciplines et courants intellectuels avec lesquels Bourdieu a dialogué, que sur ses auteurs de prédilection et ses rapports avec ses contemporains, ses ouvrages, les revues, éditions, associations qu'il a fondées, les événements marquants comme la guerre d'Algérie, Mai 68, les grèves de 1995, ainsi que les principaux pays de réception de son travail (de l'Europe à la Chine et au Japon en passant par l'Amérique latine, les États-Unis et le monde arabe). S'y trouvent également abordés, entre autres aspects biographiques, la passion de Bourdieu pour le rugby ou son aspiration de jeunesse à devenir chef d'orchestre, ses relations avec ses professeurs (Raymond Aron, Georges Canguilhem, Jules Vuillemin), les groupes qu'il a créés, sans oublier ses engagements politiques, qu'il concevait sous la forme d'un " intellectuel collectif ". Forme que ce dictionnaire incarne aussi à sa façon...

    Comité éditorial :

    François Denord, Julien Duval, Mathieu Hauchecorne, Johan Heilbron, Franck Poupeau

    Coordination éditoriale :

    Hélène Seiler

  • Comment penser nos émotions dans la vie professionnelle ?
    Question délicate entre toutes tant le champ du travail se veut ordonné, rationnel, balisé. Et pourtant, le travail sollicite de manière vive la subjectivité, le corps et les affects. Chacun y cherche du plaisir, des échos sensibles à ce qu'il est, à ce en quoi il croit.

    Comment penser nos émotions dans la vie professionnelle ?

    Question délicate entre toutes tant le champ du travail se veut ordonné, rationnel, balisé. Et pourtant, le travail sollicite de manière vive la subjectivité, le corps et les affects. Chacun y cherche du plaisir, des échos sensibles à ce qu'il est, à ce en quoi il croit.

    Parallèlement, les dimensions de contrainte et d'exploitation y sont omniprésentes et de plus en plus intrusives, allant chercher du côté de l'intime dans le but de mobiliser, d'obtenir toujours plus de chacun. Instrumentalisation et déni des émotions, paradoxalement, cohabitent, générant une souffrance au travail qui semble croître dans tous les secteurs. L'idéal de maîtrise insinue qu'une bonne " gestion " des émotions serait la solution, et le management et la communication organisationnelle y contribuent d'ailleurs en mettant l'accent sur les émotions " positives ".

    Mais, tout en étant socialement construites, les émotions sont fondamentalement marquées du sceau de l'imprévisibilité. Elles ne peuvent être un simple " rouage " pour produire plus et mieux : elles introduisent un " grain de sable " qui vient parfois gripper la machinerie, pour le meilleur et pour le pire. L'attention aux émotions apparaît comme une manière de se relier aux autres, au monde et à soi, en se recentrant sur ce qui compte. Elle peut alors être pensée comme une forme de résistance et une voie d'émancipation.

    Au fil d'une démonstration appuyée sur des exemples concrets, Aurélie Jeantet redonne aux émotions la place qui leur revient, dans leur spécificité, leur diversité, leur ambivalence, leurs effets multiples, et leur caractère potentiellement subversif.

  • Les nouveaux oracles : comment les algorithmes prédisent le crime Nouv.

    Prédire l'avenir permet d'agir de façon optimale au présent. Aujourd'hui, les prédictions les plus précises proviennent d'algorithmes, qui permettent d'anticiper aussi bien une maladie que le départ d'un employé. Mais cette prédiction algorithmique atteint également l'État dans ses fonctions les plus régaliennes, comme la sécurité.

    Que ce soit en justice pénale (pour estimer le risque de récidive d'un détenu), au sein de la police (afin de connaître les probabilités d'occurrence d'un crime dans un certain lieu), ou dans la lutte contre le terrorisme (afin de détecter les menaces potentielles), les algorithmes prédictifs sont largement mobilisés en matière de sécurité intérieure et extérieure. Ces nouveaux oracles marquent-ils l'avènement de Minority Report version 2.0 ?

    S'ils charrient la promesse d'une efficacité accrue, ces algorithmes pourraient aussi bien agir, en cas de biais importants, comme des " armes de destruction massive ". Nos valeurs nous enjoignent à nous prémunir de l'émergence d'un Big Brother que nos moyens technologiques rendent désormais possible. Le panoptique à ciel ouvert, tel que déployé par la Chine, par exemple, en constitue un exemple inquiétant. Il faut donc trouver la ligne de crête, le fragile équilibre qui doit permettre d'éviter le double écueil de l'impuissance publique et de la dystopie totalitaire. Au fond, les algorithmes sont solubles dans la démocratie s'ils la servent plutôt que s'y substituent.

  • Principes de sociologie générale t.1 : dépendances et rapports sociaux Nouv.

    Dans cet ouvrage posthume, Alain Testart s'attache à poser les bases d'une sociologie générale permettant de classer les sociétés les plus diverses et de penser leur évolution au-delà des champs disciplinaires établis (ethnologie, histoire, sociologie).

    C'est par la relecture de Tocqueville, Marx et Durkheim, qui n'avaient pas hésité à chercher la cohérence interne des sociétés et à en dégager en quelque sorte des types sociaux, qu'il commence par préciser sa méthodologie. Celle-ci consiste à définir l'" architectonique d'une société ", c'est-à-dire les " rapports sociaux fondamentaux " conditionnant les autres rapports et permettant d'expliquer les domaines du politique, de l'économie et du religieux.

    Pour montrer que ces " rapports sociaux fondamentaux " relèvent d'une forme de dépendance ou au contraire d'indépendance, l'auteur étudie trois types de société : les Aborigènes d'Australie, la société féodale et la société moderne. Il élargit ensuite son examen tant aux civilisations classiques qu'aux sociétés sans État, et souligne par exemple combien la liberté des " modernes " n'est pas celle des Grecs, ni celle des Amérindiens.

    Alain Testart conclut cette fresque monumentale par une " systématique " des formes de dépendance et des types de société, et propose deux lois sociologiques.

    Texte établi par Valérie Lécrivain et Marc Joly

  • " Chacun sait que la publicité cible prioritairement notre cerveau reptilien. " L'affirmation issue des colonnes d'un grand quotidien français témoigne du succès de la notion proposée par le neuroscientifique américain Paul D. MacLean au tournant des années 1960. Elle s'inscrit dans une théorie générale du cerveau qui rapporte à une part archaïque de notre héritage évolutif un ensemble d'attitudes " primaires " : instinct sexuel, défense du territoire, agressivité...

    Tôt considéré comme erroné puis obsolète sur le plan scientifique, le " cerveau reptilien " n'en a pas moins connu une formidable carrière, retracée ici dans une enquête qui conjugue une étude de sa formulation, des analyses de ses circulations ou réappropriations – d'Arthur Koestler à Michel Onfray, en passant par Alain Resnais – et une ethnographie de certains cercles thérapeutiques invitant aujourd'hui encore, pour vivre mieux, à accepter le " crocodile " dissimulé en nous.

    Pourquoi et comment se diffuse une théorie fausse ? Cas limite, le " cerveau reptilien " permet d'envisager à nouveaux frais la question de la diffusion des savoirs dans la culture, et ainsi des rapports entre science et société.

  • Qu'elle provienne du Canard enchaîné, des Guignols de l'info ou de Dieudonné, la satire frappe et scandalise. Elle bouscule les normes sociales et dérange le politique en usant d'armes singulières : le comique, l'exagération et la caricature. Distincte du simple pamphlet, elle est d'abord un genre littéraire et artistique dans lequel le satiriste oppose ses valeurs morales à une réalité qu'il juge absurde.

    Les attentats contre Charlie Hebdo de 2015, les polémiques à répétition au sujet de dessins de presse et de certains registres humoristiques révèlent que la satire se situe sur une ligne de crête : dénonçant les travers de la société ou le ridicule de certains comportements, elle est souvent accusée de mépriser les plus faibles et de tourner en dérision les choses les plus sacrées. En réunissant historiens, juristes, philosophes, politistes, sociologues et linguistes, cet ouvrage offre un large regard sur la pratique satirique, sur les contraintes qui l'entourent et les conditions qui la rendent possible, notamment les contours de la liberté d'expression. Il examine la façon dont la satire se construit entre conventions artistiques et règles juridiques, comment elle a évolué dans ses formes, ses contenus et ses stratégies depuis le XIXe siècle jusqu'à ses usages politiques récents, en particulier pendant les élections présidentielles de 2017.

    Alors qu'elle doit désormais jouer avec un nouvel " esprit de censure ", la satire montre qu'elle est depuis bien longtemps l'art périlleux de choisir ses cibles.

    Avec les contributions de Marc Angenot, Paul Aron, Laurent Bihl, Marlène Coulomb-Gully, Laurence Danguy, Philippe Darriulat, Marie Duret-Pujol, Guillaume Grignard, Pierre-Emmanuel Guigo, Guy Haarscher, Olivier Ihl, Dominique Lagorgette, Jacques Le Rider, Nelly Quemener, Denis Saint-Amand, Carole Talon-Hugon, Léa Tilkens, Dominique Tricaud et David Vrydaghs.

  • Avec l'avènement de la démocratie, le rire apparaît comme un bien commun, partagé par tous et irriguant la totalité de l'espace public. Ce rire démocratique prend aussi appui sur la puissance de propagation et d'innovation des nouvelles industries médiatiques, qui acquièrent un poids économique et une force de frappe incomparables : acteur majeur de notre culture moderne du loisir et du divertissement, le rire s'est imposé à tous et constitue aujourd'hui l'un des moteurs de la société marchande et du consumérisme. Mais le rire répond aussi à un besoin anthropologique plus large : il soulage face aux angoisses de l'existence, et permet d'expérimenter le plaisir de la connivence sociale et celui de la fantaisie imaginative.

    Pour lui restituer toute sa richesse, cet ouvrage a choisi de multiplier les angles d'approche, en proposant à la fois une histoire culturelle du rire, une description de ses formes et des techniques utilisées, une réflexion théorique sur ses usages dans l'espace social.

    Tous les aspects du rire y sont envisagés de façon transdisciplinaire : des catégories du risible aux cibles du rire, de l'esthétique du rire à son usage au service des idéologies – à travers les beaux-arts, la littérature, la caricature, les arts de la scène, la télévision et les médias, la publicité, internet. Dans cette encyclopédie stéréoscopique du rire, abondamment illustrée, on aura encore plaisir à retrouver, au fil des pages et des images, toutes les grandes figures de l'humour depuis près de deux siècles. Il s'agira donc de prendre au sérieux la culture du rire, et de mesurer le rôle capital qu'elle a pu jouer dans l'histoire de notre modernité.

  • Vers le cyber-monde

    Humain et numérique en interaction

    Depuis la révolution industrielle, les dispositifs permettant aux humains de communiquer à distance ou de commander aux machines ont connu des développements considérables. Avec l'avènement de l'informatique, ils ont été radicalement transformés. Les équipements modernes sont désormais commandés via des écrans tactiles, à l'aide de la voix ou même de gestes. Internet, réseaux sociaux, réalité virtuelle, robots et objets connectés, tels sont les constituants du cyber-monde. Les dispositifs d'interaction établissent des passerelles entre le monde réel avec ses objets tangibles et le monde virtuel avec ses représentations abstraites.

    Le présent ouvrage expose comment les chercheurs répondent aux défis posés par la coexistence de ces deux mondes. Comment simplifier les interactions entre les objets et les humains ? Comment les rendre plus intuitives et plus ergonomiques ? Comment mesurer leur acceptabilité dans la société ? Quelles formes nouvelles pour l'immersion dans le cyber-monde ? Pour quels objectifs et quelles utilités ?

    Ces nouvelles avancées ne manquent pas de poser des questions éthiques cruciales. La captation de données personnelles, la reconnaissance faciale, l'analyse des émotions, la commande mentale et les prédictions des comportements humains sont de nature à nous troubler et à faire craindre une emprise de la machine sur l'humain. La recherche produit des objets qui, il y a peu de temps encore, relevaient de la science-fiction. Elle doit aussi contribuer à les rendre éthiques dans leur comportement et leur utilisation pour le bénéfice de l'humanité.

  • Y a-t-il une " juste taille " des villes et une " bonne échelle " des territoires de notre existence ? Les métropoles actuelles, lancées dans une extension sans limites, encombrées de gratte-ciel et de centres commerciaux, sont-elles la solution ? Faudra-t-il privilégier des villes plus petites ?

    Depuis Platon, avec sa cité idéale de 5040 foyers, jusqu'à Ivan Illich, nombre de philosophes et d'intellectuels se sont penchés sur ces questions de la taille des villes, de leur mesure. Au-delà des statistiques, c'est bien une question existentielle et politique qui se pose à chacun d'entre nous.

    Dans cet essai foisonnant, Thierry Paquot entrelace démographie, histoire, urbanisme, écologie et nous guide dans le labyrinthe des idées et des expérimentations : naissance et croissance des cités, utopies phalanstériennes de Fourier, garden-city d'Ebenezer Howard, shrinking cities américaines... Il nous initie aussi à la pensée de théoriciens souvent méconnus en France (Kohr, Schumacher, Bookchin, Bairoch, Magnaghi, Sale...), parmi lesquels les partisans du small is beautiful ou des biorégions.

    Périple intellectuel et bibliographique, cet ouvrage propose des pistes concrètes pour définir une urbanité nouvelle, libre, respectueuse des humains et du monde vivant, des temps et des territoires.

  • Villes voraces et villes frugales

    Agriculture urbaine et autonomie alimentaire

    Manger mieux, autrement, local, bio, équitable..., la question revient sans cesse, dans tous les médias et dans toutes les bouches de citadins inquiets.

    Nourrir les villes est pourtant une histoire qui plonge aux sources de l'agriculture. Car, avant de nourrir la planète entière, les fils de Caïn ont toujours satisfait l'appétit des urbains, fins gourmets ou insatiables gloutons.

    Les spécialistes ici réunis autour de Gilles Fumey et de Thierry Paquot reviennent sur cette longue histoire de l'alimentation des villes, sur les rapports intimes du mangeur citadin et de l'agriculture. Ils nous invitent à explorer des voies possibles vers l'autonomie à travers des exemples concrets à Paris – qui vient d'ouvrir la plus grande ferme urbaine d'Europe sur les toits de son Parc des expositions –, aux États-Unis, à Letchworth ou en Argentine.

    Après le temps des flux tendus et autres délices de la logistique glocale, un autre modèle de cité adviendra-t-il, plus résilient et plus frugal ?

    Avec les contributions de

    Marc Dufumier ; Daniel Cérézuelle ; Stéphanie Lemoine ; Yves Cabannes et Philip Ross ;

    Sabrina Arcamone et Mónica Bifarello ; Adrien Baysse-Lainé ; Stéphane Linou ;

    Yuna Chiffoleau ; Michaël Brucker.

  • Connu du grand public pour ses interventions souvent à contre-courant sur l'Europe et la vie politique française, Emmanuel Todd est d'abord et avant tout un chercheur. Ce dialogue, qui s'est tenu dans le cadre d'un séminaire d'épistémologie, est l'occasion pour l'historien des structures familiales, héritier de l'école des Annales, de revenir sur son parcours, de discuter de ses outils, de son rapport aux écoles historiques et sociologiques, mais aussi de débattre de ses " intuitions " et hypothèses sur le devenir économique et politique des sociétés contemporaines.

    Un processus de recherche est-il par définition fait d'aléas et d'imprévus ? Quel usage l'historien doit-il faire des données quantitatives ? Comment, dans la perspective d'une théorie générale des processus sociaux, penser l'articulation entre l'État et les structures familiales ? Le savoir des sciences sociales est-il émancipateur ? Les sociétés humaines préfèrent-elles ignorer la vérité de ce qu'elles sont ?

    À ces questions fondamentales d'épistémologie des sciences sociales, Emmanuel Todd apporte des réponses aussi originales que respectueuses des faits, et, non sans humour, échange en toute liberté.

    Dialogue préparé et animé par Marc Joly

    Texte établi par Marc Joly et François Théron

  • Le sommeil à l'œil nu

    Muriel Florin

    Illustré par Julie Légaré

    Bien dormi ? Oui, oui. Au fait, est-ce certain ? Je sais si j'ai bien mangé. Trop ou pas assez. Je sais si j'ai eu trop chaud, ou alors trop froid. Mais ai-je vraiment bien dormi ? Comment m'en assurer ? Je dormais après tout... Jusqu'au XXe siècle, ce tiers de notre vie était quasiment inconnu. Réglé sur une horloge interne, calé sur la rotation de la Terre, adaptable au besoin. On n'en savait pas beaucoup plus.

    Si nous le connaissons un peu mieux, nous cherchons encore sa raison profonde, sa fonction primordiale. Comment le sommeil et son cortège de rêves ont-ils été appréhendés au fil du temps et des cultures ? Avec quels moyens la science moderne l'explore-t-elle ? Comment distingue-t-on ses différents types ? Pourquoi le sommeil change-t-il au cours d'une vie ? Et que risque-t-on à mal dormir ?

    LES AUTEURS

    Muriel Florin

    Muriel Florin est journaliste au Progrès, à Lyon, où elle anime une page " Sciences pour tous ". Elle est l'auteure, à CNRS Éditions, de Questions de sciences (2019).

    Six scientifiques ont contribué à cet ouvrage : Claude Gronfier, Paul-Antoine Libourel, Philippe Martin, Stéphanie Mazza, Laure Peter-Derex, Perrine Ruby.

    Julie Légaré

    À sa sortie des Arts décoratifs de Strasbourg, elle se lance en tant qu'illustratrice indépendante et travaille pour la presse, la publicité et l'édition jeunesse. En parallèle, avec le studio de création Mystère Public, elle réalise des bandes dessinées, des films d'animations et des spectacles graphiques.

    De 15 à 95 ans, cette collection a pour but de transmettre les savoirs de manière simple et vivante. La recette : une directrice de collection enthousiaste, archéologue et auteur

    chez Gallimard-Giboulées, Anne Rose de Fontainieu ; un maquettiste créatif qui a l'œil et le bon, Cyril Cohen ; des chercheurs généreux qui font connaître leurs travaux au plus grand nombre ; un dessinateur inventif qui met en scène toute cette histoire.

  • La crise sanitaire provoquée par la pandémie de coronavirus a mis en lumière le rôle crucial de l'expertise scientifique. Des questions se posent ainsi avec plus d'acuité que jamais : quelles relations nos sociétés entretiennent-elles avec la science ? Quel est son rôle en démocratie ?

    La science a contribué à changer notre vision du monde : révolution copernicienne, théories de l'évolution, de la relativité et des quanta, découverte du code génétique... En interaction avec la technique, elle est un facteur de transformations socio-économiques et joue un rôle croissant dans l'élaboration des politiques publiques (santé, énergie, défense, transports...).

    Mais si la science a contribué à améliorer les conditions de vie de chacun d'entre nous, elle est souvent contestée pour sa participation à l'expertise préalable à la décision politique. Cette contestation incite à réévaluer la relation de nos sociétés à la science alors que nous devons répondre à de multiples défis (prévention des pandémies, réchauffement climatique, impact du numérique sur le travail, inégalités sociales...).

    Cet ouvrage explicite les méthodes scientifiques pour mettre au jour des " vérités " ainsi que leurs limites. Il propose des moyens pour renforcer le rôle de " vigie " de la science et amplifier le dialogue entre les citoyens, les élus et la recherche.

  • Si la sociologie, comme la photographie ou encore l'art de l'essai, est bien une invention française, il faut encore reconnaître que les chercheurs français n'ont pas seulement été les pionniers de la discipline, tels Auguste Comte et Émile Durkheim : ils ont également contribué, par leurs efforts collectifs, à produire une véritable tradition intellectuelle particulièrement féconde. Mais qu'est-ce que partagent des sociologues aussi divers que Raymond Aron, Pierre Bourdieu, Bruno Latour ou encore Luc Boltanski, par exemple, qui appartiennent à des générations différentes, et représentent des courants intellectuels et des styles de travail tout à fait distincts ?

    Johan Heilbron présente ici une vue d'ensemble unique sur la plus ancienne et l'une des traditions nationales les plus vivantes de la sociologie. Il s'attache à retracer son évolution depuis ses débuts, à l'orée du xixe siècle,jusqu'à son expansion à la fin du xxe siècle. Présentant de nouvelles interprétations de la manière dont des penseurs comme Émile Durkheim et son groupe de collaborateurs ont redéfini la discipline et ont contribué au renouvellement d'autres sciences humaines, le livre de Heilbron constitue une étude sociologique novatrice et un ouvrage de référence pour l'histoire des sciences sociales.

    " Aucune histoire de la discipline n'a jamais articulé aussi finement l'évolution de ses institutions, une interprétation des trajectoires de ses acteurs centraux et la présentation de ses principaux résultats théoriques, méthodologiques et empiriques. "

    Frédéric Lebaron

  • Paris, 2015 : le terrorisme djihadiste touche massivement la capitale française et fait près de 150 morts. Pour qualifier les auteurs de ces meurtres, on parle tantôt d'hommes radicalisés soumis à une idéologie, tantôt d'hommes médiocres, " banaux ", qui ne font qu'obéir aux ordres, tantôt de monstres assoiffés de sang. Comme pour les tueurs de masse des plus grands crimes de l'histoire contemporaine, on se demande sans cesse qui sont ces hommes capables de tuer ainsi à la chaîne. Qu'éprouvent-ils dans leur conscience ? Ne ressentent-ils pas l'horreur de

    leurs actes ? N'ont-ils pas de la compassion pour leurs victimes ?

    Pour Richard Rechtman, ce ne sont pas les idéologies qui tuent, mais bien les hommes. Ceux-ci s'en chargent avec une grande facilité, et tuent simplement comme d'autres vont au travail. Ce livre effectue une véritable descente dans la vie ordinaire des petits exécutants, des génocidaires. Il sonde le quotidien dans lequel les hommes s'accommodent d'exécuter chaque jour des dizaines d'individus. Il montre que ce n'est pas le fait de tuer qui occupe l'essentiel de leurs pensées, mais plus simplement leur vie quotidienne. Ils tuent comme ils s'attelleraient à n'importe quel métier, c'est-à-dire de façon ordinaire. Car ce ne sont pas les plus motivés ou les plus sadiques, ni même les plus endoctrinés, qui tuent avec une telle facilité, ce sont avant tout les hommes les plus disponibles.

    L'objet de ce livre n'est donc pas de savoir qui sont ces exécuteurs ni au nom de quoi ils tuent, mais de montrer comment dans certains contextes, exécuter d'autres hommes constitue la vie ordinaire de tueurs anonymes.

  • Dans la société française contemporaine, la ménopause apparaît comme une étape-clé du vieillissement des femmes, souvent vécue avec angoisse, et prise en charge par la médecine. L'on pourrait penser que c'est une façon universelle de considérer un événement qui, après tout,
    l'est aussi. Il n'en est rien.

    Dans la société française contemporaine, la ménopause apparaît comme une étape-clé du vieillissement des femmes, souvent vécue avec angoisse, et prise en charge par la médecine. L'on pourrait penser que c'est une façon universelle de considérer un événement qui, après tout,

    l'est aussi. Il n'en est rien. Selon les sociétés, la cessation des menstruations peut être un accroissement des possibles et des pouvoirs, l'avènement d'une sexualité enfin libérée de la fertilité, ou même un non-événement, ne faisant pas l'objet d'une attention particulière, au point qu'il n'existe pas de mot pour le désigner.

    Ce livre offre un point de vue original, celui des sciences sociales, d'autant plus précieux que les représentations de la ménopause se nourrissent presque exclusivement des discours médicaux, qui la considèrent comme une carence, associée à un ensemble de troubles et de risques. Le phénomène naturel devient alors une " maladie " qu'il faut traiter. Face à ce discours " savant " alarmiste, les expériences des femmes apparaissent plurielles et les liens sociaux se révèlent aussi importants que le vécu corporel. Une belle enquête sur un sujet tabou.

  • Expert reconnu des épidémies de choléra dans les pays en développement, Renaud Piarroux ne pensait pas devoir s'impliquer en première ligne dans la lutte contre l'épidémie de Covid-19 en France. Pourtant, de retour d'une mission à Kinshasa début mars, il constate avec effarement combien son propre pays sous-estime le danger et tarde à se préparer. Après plusieurs jours passés à tenter d'alerter ses collègues de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, il parvient à rencontrer Martin Hirsch, son directeur général. Son message fait mouche et les hôpitaux de Paris se mettent immédiatement en ordre de marche.

    Dans ce récit enlevé, Renaud Piarroux, acteur et observateur privilégié de la crise, emmène le lecteur dans une épopée qui le conduira de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière au cœur de la forêt amazonienne, en Guyane, à un moment critique. Il nous dévoile ici toute la richesse de l'épidémiologie : collecter les informations pertinentes et les analyser, mettre en place des stratégies de lutte pour casser les chaînes de contamination, suivre l'actualité scientifique et discerner, parmi les études, celles dont les résultats sont fiables des autres. Au passage, il nous livre son regard sur la gestion de la crise et pointe carences et dérives qu'il faudra impérativement corriger sous peine de voir des catastrophes similaires se reproduire.

  • Entre la peur et compassion, entre le besoin de sécurité, de limites et de frontières d'une part, et le sentiment d'un devoir de sauvetage des victimes d'un monde chaotique d'autre part, y a-t-il place pour un principe partagé, universel, qui ferait des migrants, plutôt qu'un problème, une cause pour tous, au sens d'une épreuve qui nous tire en avant, vers la compréhension et le désir d'un monde commun ?

  • La légitime défense est au coeur de l'actualité politique et judiciaire : multiplication du nombre de femmes battues qui tirent sur leur mari ou leur compagnon violent, mobilisations pour soutenir des commerçants qui ont tué des voleurs, et, plus récemment, facilitation de l'usage des armes par la police dans le cadre du renforcement de la lutte antiterroriste.

    La légitime défense est au coeur de l'actualité politique et judiciaire : multiplication du nombre de femmes battues qui tirent sur leur mari ou leur compagnon violent, mobilisations pour soutenir des commerçants qui ont tué des voleurs, et, plus récemment, facilitation de l'usage des armes par la police dans le cadre du renforcement de la lutte antiterroriste.

    Si la légitime défense fascine et fait débat – est-elle un permis de tuer ou l'arme du faible ? –, elle a aussi ses partisans radicaux : des militants pro-armes réclamant un " droit de tirer " et un " droit de tuer " ceux qui représenteraient un danger pour eux-mêmes et pour la société.

    Parallèlement à l'étude de leurs mobilisations, Vanessa Codaccioni se penche sur les grandes affaires de légitime défense depuis la fin des années soixante-dix. Elle montre qu'il s'agit le plus souvent d'homicides sécuritaires, de crimes racistes ou de violences policières, et analyse la manière dont leurs auteurs tentent d'échapper à la justice, notamment par un renversement des figures du coupable et de la victime.

    Par l'étude socio-historique des homicides " défensifs " et des usages sécuritaires des armes, ce livre explore la manière la plus radicale de se faire justice. Il interroge plus généralement les liens entre politiques du " faire mourir ", pouvoir de mort et atteintes au droit à la vie dans les régimes démocratiques.

  • Erving Goffman (1922-1982) compte parmi les grands sociologues de langue anglaise. Asile, Stigmates, La mise en scène de la vie quotidienne, ses ouvrages les plus connus, prennent pour objet l'interaction dans l'expérience ordinaire. Les cadres de l'expérience (1974) s'attache également aux situations les plus banales, mais dans une problématique différente : celle de la structure de l'expérience de la vie sociale, analysée à travers les principes d'organisation qui nous permettent de définir une situation, c'est-à-dire de répondre à la question " Que se passe-t-il ? ". Ces principes sont ce que Goffman nomme des " cadres ", grâce auxquels l'individu peut reconnaître un événement puis adapter sa conduite. Cadres naturels, sociaux, primaires, transformés, en forme de modes ou de fabrication : leur agencement obéit à une véritable grammaire, que nous maîtrisons plus ou moins sans en avoir conscience.

    Après avoir présenté en détail ce modèle, Nathalie Heinich analyse les réactions qu'il a suscitées dans la sociologie américaine, puis elle le met à l'épreuve de plusieurs exemples : un film de Truffaut, le Pont-Neuf de Christo, la corrida, le canular en art, l'édification contemporaine d'un château médiéval... Ce livre propose ainsi la première présentation en français d'un ouvrage largement méconnu dû à un sociologue majeur.

  • Selon des représentations bien ancrées dans les esprits, le viol est commis dans un lieu isolé par un inconnu violent et armé. Pourtant en France, 9 fois sur 10, la victime connaît l'agresseur et dans ce cas une fois sur deux, le violeur est le conjoint ou un ex-conjoint.

    Depuis longtemps, le viol est considéré en France comme un crime. Le viol conjugal faisait exception. Le mari avait le droit d'avoir des rapports sexuels avec sa femme, y compris contre la volonté de cette dernière et par la force. Depuis la loi du 4 avril 2006, le code pénal reconnaît le viol entre conjoints comme un viol aggravé. Pourtant, les victimes portent rarement plainte et lorsqu'elles le font, les affaires sont souvent jugées, non pas en cour d'assises comme tous les crimes, mais au tribunal correctionnel.

    Le viol conjugal est occulté par son invisibilité, lorsqu'il a lieu entre les murs d'un domicile commun. Comme les autres violences sexuelles, il laisse peu de traces visibles : ni bleu, ni plaie. Le viol conjugal, crime du quotidien, est à l'opposé du fait divers.

    Peu propice aux raccourcis accrocheurs, le sujet est éclairé par les contributions d'un collectif multidisciplinaire associant médecins, psychologues, sociologues et juristes. Ce livre montre l'urgence d'un infléchissement des pratiques judiciaires.

  • Avec les mots, avec le corps, le genre s'impose. En ouvrant la bouche
    ou en nous habillant le matin, nous portons les marques du genre.
    Nos moyens d'expression sont genrés.

    Avec les mots, avec le corps, le genre s'impose. En ouvrant la bouche

    ou en nous habillant le matin, nous portons les marques du genre.

    Nos moyens d'expression sont genrés. Nous en jouons et, ce faisant,

    nous élaborons un imaginaire de la différence sexuelle. Le plus souvent, nous

    nous contentons d'activer des stéréotypes. Étudier ces marques du genre

    est donc un vaste chantier, auquel cet ouvrage collectif entend contribuer.

    Les mots d'abord. La langue continue à véhiculer de redoutables préjugés

    /> sexistes. En témoigne la règle apprise à l'école : " Le masculin l'emporte sur

    le féminin. " Mais l'écriture inclusive aujourd'hui proposée s'insurge contre

    la prééminence du masculin sur le féminin dans la langue française.

    Et l'histoire des langues et des oeuvres littéraires donne bien des exemples

    de résistance à ce masculin qui s'impose comme neutre et universel.

    Le corps ensuite. Des espaces de liberté se sont ouverts, mais les normes

    traditionnelles n'ont pas disparu. Le corps vêtu continue de dire le genre.

    À moins de perturber le regard avec un travestissement, des pilosités

    inattendues ou une gestuelle inhabituelle, s'" attaquer " au genre,

    à son binarisme obligatoire et hiérarchisé, n'est pas chose facile.

    Peut-on dépasser le genre ? L'annuler ? Créer du neutre ?

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