Gallimard (réédition numérique FeniXX)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Une Parisienne, élevée par de riches cousins et lassée de ce milieu snob, a épousé un hobereau de la Haute-Auvergne, qui l'emmène dans son château des Bois-Noirs. Dans cette région perdue sous la neige, au milieu des brouillards, Hélène, surprise par la vétusté et l'abandon d'une antique demeure, plus semblable à une prison qu'à un château, s'efforce de s'adapter à une vie déconcertante où elle s'engage pourtant avec toute sa loyauté. Elle sera aidée par l'amitié affectueuse - et bientôt passionnée - de son beau-frère. Leurs intérêts ne tardent pas à s'opposer à ceux du mari. Dans ce conflit, Gustave le Taciturne, qui nourrit pour sa femme un sombre et insatiable amour, deviendra irrésistiblement le ministre d'un destin qui a fait séculairement de cette maison le royaume de la mort la plus cruelle.

  • Tel un musicien pour se délasser se laisse aller à une composition sans plan déterminé, pour nous faire entendre ses fantaisies sur les thèmes les plus variés, Francis de Miomandre nous ouvre un univers des plus variés où il accueille les plus humbles choses de la vie quotidienne : une bulle de Champagne, une touffe de chiendent, une pierre. Les ayant accueillies, il les pénètre, leur insuffle son âme emplie d'amour universel, leur prête nos sentiments humains, nos rêves, nos déceptions, et jusqu'à nos larmes. Puis il nous enchante par de petites histoires, vrais contes d'Andersen où l'humour se mêle au lyrisme et nous révèle quelques-uns des symboles les plus pathétiques de notre absurde existence, nous fait entrevoir les vérités les plus profondes. Ce livre que l'on peut ouvrir n'importe où, lire dans tous les sens sans perdre un iota de son charme et de sa haute portée philosophique est enveloppé d'un halo de féerie, d'une vapeur somnambulique, et l'on se demande où est le réel, où est le rêve parce que les envols du songe reposent sur les bases solides de la plus lucide connaissance de la réalité. « Caprices » est un pas de plus sur la voie royale que l'artiste a empruntée depuis « Direction Étoile », « Le Fil d'Ariane », « Samsara », les « Jardins de Marguilène », « Fugues », avec une sûreté sans cesse plus grande. Tout frémissant d'amour bouddhique et nimbé du sourire tendre et mélancolique de la sagesse, « Caprices », dans un style de plus en plus dépouillé et ruisselant de poésie, nous amuse, nous enchante et nous laisse au bord de cette angoisse métaphysique qui préoccupe tant d'écrivains plus réalistes.

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  • Une toute jeune femme - qui n'est autre que l'auteur - lui-même atteint du mal de Pott - est envoyée à Berck, cité des grands malades osseux au bord de la mer du Nord, pour y faire une cure en sanatorium. La terrible maladie qui l'oblige à porter une gaine de plâtre, à s'astreindre aux régimes les plus durs, ne l'empêchera pas de vivre résolument, profondément, avec une extraordinaire lucidité, les étapes de ses souffrances, dont elle finira d'ailleurs par triompher. Pourquoi ? parce qu'elle croit en la force de la vie, en ses souvenirs heureux du pays de soleil où elle est née. Mais cette même lucidité, et cette même foi, l'amènent à pénétrer les drames de tous les « allongés » qui sont ses compagnons : des enfants innocents, qui s'interrogent sur l'injustice de leur sort ; des garçons et des filles, qui rêvent à l'amour, à la danse, à la souplesse de leur corps enfin délivré ; de cette Fanny Mazurier, qui trouve dans sa foi de quoi transfigurer son mal ; d'Alain Gilbert, dont l'extraordinaire passion obtiendra son exaucement ; de toutes ces vies mutilées, qui restent pourtant si vivantes, plus vivantes que les ordinaires existences, comme enrichies par leur épreuve.

  • Dans les années 1960, à Paris, Pauline a rencontré Nicolas et l'a aimé. A 18 ans, on ne sait pas « bien » aimer. Surtout quand on a lu beaucoup trop de romans. Nicolas, un an après, tombe amoureux de la meilleure amie de Pauline, Julie. Nicolas et Pauline se ressemblent : après le bac, ils errent en faculté. Pauline fait de la politique. Nicolas réunit les éléments dont il a besoin pour écrire son premier livre. Julie, recalée du bac, est contrainte « à travailler pour vivre ». Tous les jours (ouvrables) elle prend le train gare Saint-Lazare pour se rendre dans les bureaux de l'usine Simca à Poissy. Pauline, Nicolas et Julie ne se quittent plus. Nicolas trahit Pauline et Julie. Dix ans après. Nicolas est un jeune écrivain à la mode. Julie, mariée, gagne bien sa vie. Pauline, toujours errante, rencontre Martin, professeur quinquagénaire. Avec lui, Pauline revit ses amours perdues. Avec Martin, Pauline tente de reconstruire son existence. Mais, sur les décombres de sa jeunesse, elle ne peut rien bâtir. Pauline quitte Martin, Paris, ses vingt ans. Elle part. Gare de Lyon. Vers le Sud.

  • « Pour moi, le lycée avait été peuplé par des gens supérieurs, qui avaient "occupé" le foyer, "bombé" les murs et mis le feu à la porte du surveillant général, monsieur Lesourd. Je compris vite que ni moi ni personne n'en ferions autant. » Une adolescence au début des années 70.

  • Un groupe de Juifs riches et pauvres s'embarquent en 1942 à Marseille pour l'Amérique. Ce départ est pour la plupart un départ vers l'inconnu. Ils font escale à Casablanca dans un camp de réfugiés. Puis un second bateau les prend qui les emmène à New York. Séparés pendant la durée de la traversée, non seulement de la France, mais du monde, et réduits à eux-mêmes, privés du secours de leurs habitudes et de leurs attaches sociales, ils tenteront néanmoins de reconstituer très exactement, avec toutes ses erreurs et ses insuffisances, la société qui les a rejetés. Le livre de Claudine Hermann est fait des portraits et des actions des émigrants : la baronne Gunsberg, snob et égoïste, la sympathique famille Wormser, le peintre Koch qui meurt en arrivant à New York, le docteur Gles, psychiatre, et quelques jeunes gens. Tous ces personnages sont peints à petites touches, avec beaucoup de vérité et de finesse. L'art de Claudine Hermann fait que chacun, en raison des circonstances difficiles où il est plongé, en raison aussi des promiscuités, finit par révéler, bon gré mal gré, sa réalité profonde. En même temps qu'un roman très vivement et très intelligemment mené, Claudine Hermann a donné, avec l'Étoile de David, l'image de la sensibilité d'une certaine époque.

  • La révolution a triomphé dans le pays des frères Cyclopus. Les voisins du pays révolutionnaire affaibli s'apprêtent à s'en emparer, sans coup férir, par un jeu de traités. Le général dom Franquin est envoyé sur place en « mission ». Qui est-il ? Pour ses employeurs, un imbécile discipliné : l'idéal. Mais, hilare, coléreux, violent, rusé, volontiers ignoble, énorme, vivant, intelligent et actif, « Francoquin » va vite (chez lui la limite entre le quotidien et l'histoire est aussi vague qu'une limite d'eaux territoriales : l'océan de part et d'autre, avec ses marées, son écume, ses lames de fond !) se révéler digne du surnom que lui donne Filasse sa maîtresse... Sept jours durant, pas à pas, nous filerons Francoquin de forêt en plaine, de coteau en saloon, de bordel en palais, à travers le pays cyclopéen (il se passe tant de choses en sept jours !), et quand Francoquin rentrera d'une expédition sur la frontière, le quotidien sera pathétiquement présent au rendez-vous... Un livre cocasse, violent, baroque, un humour noir cruel, un livre ouvertement à contre-courant, qui se réclame de la tradition la plus picaresque (de Cervantès à Céline en passant par Scrarron, Grimmelshausen, Fielding, Toepffer, etc.) mais aussi de Faulkner.

  • Dans la nuit du 23 au 24 janvier 1960, tandis que les barricades se dressent dans les rues d'Alger, Jacqueline Loutel et son mari, Pierre, industriel en renom, donnent un dîner dans leur hôtel particulier parisien qui va bouleverser l'existence de trois des invités : le critique Paul Noiret, la jeune artiste Brigitte Laugier et l'Égyptien Samy Salem. Ce dernier, coincé entre sa formation entièrement occidentale, et la crise des relations franco-arabes, entrevoit vaguement, au travers de la toile des événements de la soirée des Loutel, une solution possible à son déchirement. Afin de tirer au clair ce qui lui arrive, Salem décide d'analyser la soirée. Mais il est dépassé par sa propre entreprise : au passé récent (la soirée), au passé lointain (souvenirs), au présent (temps de l'écriture), s'ajoute en quelque sorte une quatrième dimension, constituée par les relations entre le narrateur et sa narration. Ainsi, la tentative de Samy Salem l'emporte-t-il bien au-delà de son but initial : en essayant de surmonter les difficultés qu'il rencontre en chemin, il découvre sa vérité du moment. Vérité sans doute éphémère, mais bien utile pour lui. Pourquoi ne pas utiliser sa culture française, et sa connaissance des Français, pour devenir un trait d'union entre les tendances contradictoires, plutôt que de rester en France avec un complexe d'inadapté, d'indésirable ?

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  • Quoi de plus révoltant qu'un enlèvement d'enfant ? Y a-t-il un être plus méprisable que le ravisseur, cet homme de trente-cinq ans qui a, pendant plusieurs mois, séquestré une fillette de dix ans ? On imagine assez pourquoi ! Aussi, quand il est pris, la presse et l'opinion ont-elles vite fait de le condamner, et la Justice de le jeter en prison. Et pourtant, si cet homme était innocent ? Victor Lamouret s'est fait prendre et il est en prison. C'est un paysan fruste, solitaire et violent, qui ne peut s'expliquer avec des juges qui ne parlent pas son langage. Alors, pour se justifier, il entreprend d'écrire son histoire sur des cahiers d'écolier. Avec des mots à lui, des mots simples et crus, avec autant de naïveté que de pudeur, il nous raconte comment il a fait monter la petite Nathalie dans la remorque de son vélomoteur, pourquoi il l'a amenée chez lui, et les mille ruses qu'il a dû déployer pour la tenir si longtemps cachée à ses voisins, ainsi qu'à la mère et au beau-père ivrogne qui habitent sous son toit. Il y a dans ce récit, qui oscille entre le rêve d'un bonheur impossible et des tentations de violence et de meurtre, un ton de vérité et une tendresse qui nous bouleversent. Autant que d'une aventure singulière, il s'agit en effet d'un amour insolite entre un homme et une enfant.

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  • Le monde est fou. La seule sagesse est de chasser le plaisir dans les forêts de l'absurde, en attendant que la terre nous manque sous les pieds, pense Marc Lascaut. Seulement, on ne perd pas sur ordre le goût des grands sentiments périmés. Les hommes ont autant besoin d'aimer, de croire et d'agir que de respirer. D'où cette révolte sans cause qui pousse à être, par défi, encore plus fou que le monde. Mais une brume noie les bords du Rhin, en même temps que l'égoïsme sarcastique de Marc. Il rencontre Isolde, qui semblait l'attendre, et l'amour frappe comme la foudre. Il essaye de fuir, de se débattre contre cet amour absolu qui l'obligerait à accepter l'espoir, les responsabilités, le don de soi. Et chacun de ses efforts l'enfonce plus avant dans cette vieille évidence qu'il faut, pour sauver sa vie, accepter de la perdre. Comme les deux premiers romans de Gabriel Veraldi, Le Chasseur captif se passe sur deux plans étroitement mêlés ; celui des rapports entre l'homme et les mystères de son destin ; celui de l'aventure, de la satire et de la comédie quotidienne. Dans un style qui passe en jouant de l'humour glacé à la mélancolie, de la raillerie de soi-même à la passion, il raconte comment un grand amour bouscule toutes les prudences avec un aveuglement de force naturelle.

  • Voici la suite du Serpent jaune, dont Ludovic Lemaire, un jeune journaliste français, était le fracassant héros. On le voyait échapper aux poursuites de la police au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour s'être gravement compromis dans un sombre complot visant au rapt d'un savant atomiste d'obédience communiste. Réfugié désormais en Suisse, le jeune homme va se précipiter, tête baissée et coeur en feu, dans de nouvelles aventures rocambolesques, car tel est son tempérament : fureur de vivre, audace, passions amoureuses, intrigues, passions politiques, il ne peut ni ne veut connaître le repos. Cela le conduit à frôler sans cesse la mort, le déshonneur ou la catastrophe. Autour de ce météore sulfureux, vont et viennent les plus étranges figures, parmi lesquelles des femmes fascinées par son charme : Blanche, la princesse à la quarantaine provocante, qui vit avec Hector son meilleur ami, la pure Thérèse Burckhardt, dont l'amour finira par le sauver, Claire la petite prostituée italienne, qui lui donnera quelques mois de bonheur tranquille. Centre d'une action qui ne cesse de se déplacer et d'exploser de toutes parts, Ludovic Lemaire est le symbole d'une certaine jeunesse de notre temps, brûlant d'insatisfaction mais cachant, sous le baroquisme de ses désirs et de ses illusions, un fatalisme incurable en face du mal.

  • « Il s'asseyait tous les jours à son bureau - celui-là même où je m'assieds parfois, et où, tous les jours de ma vie où je m'y assiérai encore, je penserai que je fais quelque chose d'illégitime -, là où j'attends, d'un moment à l'autre, qu'il revienne de son pas feutré pour me signifier, par un regard moqueur, qu'il reprend sa place. Je suis prêt à plier bagage. » Le narrateur est à ce moment de sa vie où il atteint l'âge d'homme. Il sait qu'il ne trouvera sa place que lorsque son père aura laissé la sienne. Cette mort, qui est aussi celle de son adolescence, est le passage obligé qui, douloureusement, ouvre sur le réel.

  • Rassemble les chronologies mensuelles qui paraissent dans Le Monde au cours de l'année, enrichies d'un index détaillé.

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  • Deux « enfants qui s'aiment ». Qui sont-ils ? Eux-mêmes au début l'ignorent. Ils s'aiment et se voudraient nus. Autour d'eux, le rude Nord, cher à André Stil, ses grandes usines, ses coups de froid et ses petits soleils. Une fille et un garçon y vivent, pour nous tous, une très simple histoire, incroyable bien qu'inspirée par un fait divers réel.

  • Il neige. Benoît et Pauline rentrent de week-end. Le samedi a été froid, le dimanche sibérien (entre eux aussi !). La neige, Benoît connaît, il est canadien. C'est Pauline qui le glace. Non content d'avoir quitté pour elle son Québec, abandonné femme et enfants, il a dû plus ou moins renoncer à devenir le grand architecte que Montréal saluait déjà : que construire à Clermont-Ferrand ? Alors zut ! Et voilà, pour tout arranger, que le moteur tousse, puis cale dans une congère. Dure s'annonce la nuit !...

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  • Étrange histoire que celle de ce garçon sans nom, sorte de « Gaspard Hauser » de Narbonne, gardien de chèvres et souffre-douleur d'une équipe de forains parqués à proximité du Parc Montsouris ! Le sort semble s'être acharné sur lui depuis sa naissance ; tous ses frères et soeurs ont été élevés dans l'Institution des sourds-muets de Narbonne, et lui, le seul qui fût normal, y a été envoyé aussi : c'est donc lui l'anormal au milieu des autres. Son seul souvenir heureux est celui d'une amitié avec un petit garçon gai et gentil ; mais un jour cet enfant s'est bêtement crevé un oeil en jouant, avec une aiguille à tricoter. L'horreur de ce spectacle a si fortement marqué notre héros qu'il décide de « se perdre » à l'occasion d'une visite à Paris qu'il fait avec toute sa famille, et c'est ainsi qu'un certain Mirador le cueille à la sortie des Catacombes. Le récit de ses aventures commence le jour où la mort de Mirador l'a rejeté brusquement dans la liberté, après de longues années d'esclavage et d'abrutissement. Porteur d'une valise contenant quelques effets, et d'un peu d'argent dans sa poche, il part à la recherche d'une jeune fille entrevue jadis, Sixtine, dont il sait vaguement l'adresse. Mais quand il croit la reconnaître, il ne peut l'approcher et tout ce qu'il tente est voué à l'échec. Finalement, recru de fatigue, son portefeuille volé, sans papiers, il est emmené au poste, qui prend figure de havre, après tant de vicissitudes. Mais n'a-t-il pas rêvé tout ce qu'il raconte ? Ce récit, pour ordonné, paisible, et parfois drôle qu'il soit, est peut-être un songe. Peut-être une allégorie aussi, c'est-à-dire quelque chose de plus vrai que le vrai.

  • « L'horizon de la route disparut au bas du pare-brise... » : dès les premiers mots, ce livre engage le lecteur dans un autre monde qui, bientôt, se révèle celui de l'abbaye qu'une équipe de cinéastes - dont fait partie le narrateur -, vient filmer, quelques jours avant qu'elle ne soit abandonnée par ses moines, trop âgés et trop peu nombreux pour y constituer une communauté vivante. Le monde des hommes de la foi, du silence et du recueillement rencontre ainsi, au cours des quatre journées que dure le tournage, celui des hommes passionnés par les jeux de la lumière, des sonorités, de l'immobile beauté des pierres. L'affrontement auquel donne lieu cette rencontre, est vécu d'abord comme fascination, puis devient peu à peu contagion irrésistible, ineffable, atteint une intensité presque amoureuse, prend enfin une dimension humaine déchirante au moment crucial de la séparation. Le livre se déroule avec la remarquable lenteur d'un film, aux séquences extraordinairement fouillées, dans la lucidité cruelle propre aux lentilles de caméra. Il s'en dégage pourtant une gravité et une noblesse quasi liturgiques, qui apportent au récit, d'un bout à l'autre, des contrastes psychologiques et sensuels tout à fait saisissants.

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