• Conjuguant le récit et l'essai, le gai savoir et l'analyse, peu à peu se dessine La figure du dehors, née de la philosophie européenne et de la pensée asiatique, du monde celte et de la poésie américaine. C'est un itinéraire singulier, un cheminement intérieur auquel nous convie Kenneth White, dont le parcours est jalonné par les rencontres déterminantes de Rimbaud et d'Ezra Pound, de Bashô et de Scot Erigène, de Segalen et de Thoreau - parcours d'un nomade de l'espace et du temps. L'oeuvre de Kenneth White, dont on a dit qu'elle était la première expression cohérente de la post-modernité, ouvre une perspective originale dans laquelle de plus en plus nombreux sont ceux qui se placent. La figure du dehors est le livre clé de Kenneth White, celui qui éclaire son oeuvre passée (dont Les limbes incandescents, Lettres de Gourgounel, Le visage du vent d'est, Le grand rivage...) et prépare le terrain de ses créations à venir.

  • Comme tous les vrais voyageurs, Kenneth White sait que les pays, les villes et les paysages existent déjà dans les bibliothèques et les mappemondes. Découverte à Bruxelles, la très ancienne « carte de Guido », qui rassemble dans un savant désordre l'histoire, la géographie, la philosophie et la poésie d'une Europe médiévale rêvée, devient le pilote secret de ses propres explorations.À son tour, de Venise et Trieste à Bilbao, de l'Irlande aux Balkans, l'auteur de La Maison des marées dresse une cartographie lyrique et critique de notre vieux continent, brosse des tableaux de société colorés, vivants et malicieux. S'il parle de « pèlerinage », il ne faut y voir rien de religieux, mais une expérience profonde des lieux, ponctuée de rencontres savoureuses avec leurs habitants, et, en passant, l'évocation de quelques figures marquantes de la culture européenne.La curiosité de Kenneth White est inépuisable, comme sa spontanéité de promeneur érudit et son intelligence toujours sur le qui-vive. Partout dans ce livre, avec ses éclairs et son humour parfois noir, on entend le rire du gai savoir.

  • La Figure du dehors montrait la nécessité de renouveler la culture en cette fin du XXe siècle, de découvrir une nouvelle géographie mentale. Élargissant et approfondissant ce propos, Une Apocalypse tranquille avance plus loin dans cette zone « postmoderne », « posthumaniste ». On croise là non seulement certaines figures familières et marquantes de la scène française contemporaine : Barthes, Blanchot, Derrida, Cioran, Michaux, mais aussi Thomas Hardy, de Quincey, Dylan Thomas, D.H. Lawrence, James Joyce, ou encore Jack London, Hart Crane, Castaneda, Alan Watts, sans oublier Hlderlin, Matsuo Bash et Héraclite. On explore là les creux, mais on voyage surtout sur les crêtes. Tout en diagnostiquant, à sa manière c'est-à-dire d'une façon allègre, qui séduit sans peser, la crise culturelle que traversent nos sociétés, Kenneth White rend compte ici des tentatives actuelles de l'Occident pour en sortir : plusieurs chemins, littéraires et poétiques, mais aussi philosophiques, psychologiques et scientifiques semblent, dès à présent, mettre à notre portée un espace de vie et de pensée plus délié, plus fertile, dégagé de toute problématique vétuste.

  • Limpide, l'oeuvre de Kenneth White n'en est pas moins complexe et, pour beaucoup encore, difficile à saisir. Elle se place, justement, en dehors des habitudes et des catégories traditionnelles - elle ouvre une nouvelle carte mentale. Dialoguant ici avec douze interlocuteurs, tant en France qu'en d'autres pays, Kenneth White nous entraîne sur les traces de son enfance écossaise, de ses périples, de ses rencontres, de ses affinités intellectuelles. Chemin faisant, il se situe par rapport aux préoccupations de l'époque, à divers contextes socioculturels, à certaines questions « éternelles ». Le résultat est un livre qui non seulement constitue une approche d'une des oeuvres les plus significatives actuellement en cours, mais offre aussi un éclairage sur le monde de cette fin de XXe siècle. Avec Kenneth White, on voyage toujours, de lieu en lieu, de topique en topique, d'une dimension de la vie à une autre. Et toujours avec énergie, clarté, une sensation d'espace.

  • Dans ce numéro de la revue Entrevous, Patrick Coppens transpose ses miniatures en fresque. Suit une expérience d'inspiration à la chaine : Leslie Piché offre un poème à Suzanne St-Hilaire, auquel elle répond par une construction de matériaux mixtes, puis le tout est interprété par Danielle Shelton. L'illustrateur Patrice Reytier et le poète philosophe Kenneth White proposent six nouvelles bandes dessinées en trois images. On piste d'ailleurs à Stockholm le fantôme de Strindberg évoqué dans l'une d'elles. Cinq participantes interprètent ensuite un poème inédit de Danièle Panneton avec leur propre sensibilité, puis son autrice en révèle les clés de lecture. Après, les vêtements sont une source d'inspiration pour un fanzine, un recueil de poésie et une saga romanesque. Suit une série de rendez-vous, dont un, avec Pierre Harel au Rendez-vous de la Francophonie. Enfin, la littérature est partout : à deux concerts de la série Les Chambristes de l'OSL, dans un opéra-tango et dans un monologue poétique humoristique, entre autres.

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