• Le mot personne qui vient, on le sait, du latin persona, masque de théâtre, possède, en français, un ensemble de significations apparemment contradictoires : il veut dire un homme ou une femme, mais aussi personnage ; c'est un terme de droit mais également de grammaire : « Les diverses situations des êtres par rapport à l'acte de la parole : la première personne, celle qui parle ; la seconde personne, celle à qui l'on parle ; la troisième personne, celle de qui l'on parle ». En ce sens, personne s'applique aussi aux choses : tout objet dont on parle est à la troisième personne. Les trois personnes sont désignées par les pronoms. Tour à tour, ce mot unique désigne donc, dans l'économie de la communication, quelqu'un, un sujet donné, et avec la négation ou son ellipse, nul, pas un. C'est l'ensemble de ces fonctions que souligne pour commencer le pluriel du titre. Pluriel qui introduit d'autre part à la permutation du discours, au récit qui se constitue à partir de l'écriture, lieu, non pas de « l'impersonnel », mais de l'échange et de la consumation des masques de la langue. Ce qui dit « je » dans ce récit, n'est rien d'autre que ce qui dit je, en se démultipliant, cependant, en tu, il ou elle. Chaque personne, par conséquent, peut venir occuper, comme dans la vie, la même place mouvante et inachevée : « J'habite cette surface. Les forces qui la travaillent disposent désormais de moi... Ce qui manque m'expose tel. Il n'y a rien derrière moi. Mais c'est de là que je l'appelle... C'est à eux de me voir tandis que la façade devient transparente... »

  • Est-on jamais assuré de la beauté des corps, de la beauté des oeuvres ? Est-elle la cause de notre désir, ou le masque destiné à en dissimuler le véritable but ? Pourrait-elle être aussi une hypothèse de roman ?C'est en effet un romancier, Gabriel, qui demande à un de ses amis, Marc, d'observer pour son propre compte une jeune et belle femme, peintre de surcroît, qui vit à la campagne. Marc accepte d'autant plus volontiers que, poussé hors de la vie active par une mise à la retraite anticipée, il sait qu'habite non loin de là Jeanne, une de ses anciennes amies.Ainsi la beauté, celle de Clémence ou de son oeuvre, serait-elle affirmée ou supposée comme à l'intersection des relations entre les quatre personnages, les gouvernant à leur insu. Marc, quant à lui, écrivant à Gabriel des lettres qu'il n'envoie pas, se défend d'en subir le pouvoir. Comme le récit adopte le point de vue de Marc, ce conflit, qui s'inscrit dans la construction même des phrases, en détermine l'intrigue : le désir d'une vie de l'esprit et ses inévitables impasses.

  • Au retour d'un voyage, un jeune homme apprend la mort d'une femme qu'il a peut-être aimée. Est-il responsable de cette mort ? A peine se pose-t-il la question : durant les quelques heures qu'il passe dans l'appartement où il vit depuis son enfance, c'est moins cette femme qu'il évoque, que sa mère, son père, d'autres femmes qui ont joué un rôle dans sa vie, ou pourraient en jouer un. C'est donc une « entreprise de mémoire », qui s'efforce de rattacher le passé à une direction, imprécise sans doute, mais de plus en plus précisément cernée. Ainsi, les êtres évoqués méritent bien le nom de « personnages ». La mémoire est ici très désintéressée. Pour Jean-Louis Baudry, l'image que nous nous formons de notre passé dépend de ce que nous sommes aujourd'hui et de ce que nous allons devenir. « Oublier, dit-il, c'est se souvenir d'une autre façon ; et se souvenir, c'est bien souvent imaginer. » Aussi, ce livre, d'apparence si romanesque, dessine le portrait futur du narrateur. Portrait plein de rigueur, mais étrangement lyrique, si on le compare aux « héros » des jeunes romans actuels.

  • Personnages dans un rideau. Ces personnages sont les figures masculine et féminine brodées sur les deux médaillons d'un rideau. Dans le premier ils s'avancent à la rencontre l'un de l'autre; dans le second ils se sont déjà croisés. Sous leurs yeux indifférents, Édith, une femme encore jeune mais confinée chez elle par la maladie, au cours des conversations qu'elle a presque chaque jour avec un ami, Gardeni, tente d'évoquer, telles qu'elles lui parviennent à travers les confidences de Simon, les péripéties de l'indécise réconciliation de ce dernier avec Sylvia. Qu'est-ce qu'une réconciliation? Une histoire d'amour revécue à l'envers? Une action menée sous l'emprise de la mémoire? Une manière de ressaisir sa vie? Livrée aux nécessités incertaines de la parole et à ses hasards impérieux, cette tentative de récit ne peut échapper à l'obligation de devoir affronter dans leur simultanéité tous les aléas du langage, du désir et de la pensée. C'est qu'une réconciliation pourrait bien être aussi la forme suprême de l'amour et son but. Se réconcilier, ce serait enfin aimer. A mesure qu'elle devient malgré elle prisonnière de son corps et historienne de la vie d'un autre, Édith découvre qu'elle est investie d'une mission : transmettre un message dont elle ignore la destination. " Une parole avait été proférée depuis les origines et dans le passage d'une personne à l'autre elle était déformée, trahie, inventée. Déchéance et art, beauté et indignité."

  • Alors qu'elle était encore petite fille, Hélène croisait dans l'escalier de sa grand-mère un homme beau et séduisant, Serge Denis-Casèle. Aujourd'hui historienne, ayant hérité de l'appartement et du voisinage, elle engage avec cet homme une relation singulière. Elle travaille sur l'époque de Vichy. Il l'a vécue dans les malheurs de l'Occupation et les bonheurs d'un amour d'enfance. Amour resté en suspens, celle qui n'a pas de nom ayant disparu à la fin de la guerre. C'est à partir de cette histoire dont sans fin l'Histoire empêche qu'elle se termine, que se noueront pour l'un le désir de la dire, et pour l'autre de l'écrire. Mais qu'en est-il de ces fils que la mémoire propose, et dont le présent dispose à son gré? Témoignages, récits, souvenirs, ils maillent le temps. Mais lequel?«Pendant de longues années, il n'avait pas été conscient de laisser sans emploi, vacante, la place qu'elle avait occupée. À vingt ans, à vingt-cinq ans, il eut l'illusion d'aimer les femmes, mais ce fut en passant et, peut-on dire, comme un passant, un voyageur sans bagages. Beaucoup plus tard, il aurait appris qu'il n'avait pas le pouvoir de les aimer et il se serait cru incapable d'aimer. Plus tard il aurait su pourquoi.»

  • Le mot personne qui vient, on le sait, du latin persona, masque de théâtre, possède, en français, un ensemble de significations apparemment contradictoires : il veut dire un homme ou une femme, mais aussi personnage ; c'est un terme de droit mais également de grammaire : « Les diverses situations des êtres par rapport à l'acte de la parole : la première personne, celle qui parle ; la seconde personne, celle à qui l'on parle ; la troisième personne, celle de qui l'on parle ». En ce sens, personne s'applique aussi aux choses : tout objet dont on parle est à la troisième personne. Les trois personnes sont désignées par les pronoms. Tour à tour, ce mot unique désigne donc, dans l'économie de la communication, quelqu'un, un sujet donné, et avec la négation ou son ellipse, nul, pas un. C'est l'ensemble de ces fonctions que souligne pour commencer le pluriel du titre. Pluriel qui introduit d'autre part à la permutation du discours, au récit qui se constitue à partir de l'écriture, lieu, non pas de « l'impersonnel », mais de l'échange et de la consumation des masques de la langue. Ce qui dit « je » dans ce récit, n'est rien d'autre que ce qui dit je, en se démultipliant, cependant, en tu, il ou elle. Chaque personne, par conséquent, peut venir occuper, comme dans la vie, la même place mouvante et inachevée : « J'habite cette surface. Les forces qui la travaillent disposent désormais de moi... Ce qui manque m'expose tel. Il n'y a rien derrière moi. Mais c'est de là que je l'appelle... C'est à eux de me voir tandis que la façade devient transparente... »

  • Dans cette approche du mécanisme des fantasmes, l'auteur fait référence à la peinture, dans la mesure où celle-ci pose la question de la forme d'existence de nos représentations et du statut du réel.

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