• Nuits d'Achille

    Arnaud Idelon

    Achille est en fête. Au coeur du quotidien d'un club des franges parisiennes, il donne ses jours et ses nuits à l'accélération joyeuse d'une bande d'amis gravitant autour d'une gare désaffectée : la Station. Pris dans le tourbillon des nuits sans fin en petite couronne, Achille survole sa vingtaine dans l'épiphanie d'une jeunesse hautaine et brûlante. Il s'adonne avec la même intensité rageuse au travail, à la danse, à la drogue et à l'excès et célèbre l'hyperactivité souveraine du surhomme jusqu'à ce qu'au lendemain d'une nuit trop forte son corps ne s'écroule sous lui. Commence alors pour lui une longue période d'immobilisation, plâtré, au sixième étage sans ascenseur d'un immeuble toisant Paris depuis les hauteurs de Belleville. Éjecté du tumulte festif, il en éprouve le manque, contraint au ralentissement. Récits revenus d'after, photographies, la fête trouve vers lui mille chemins pour persister. Peu à peu, il capitule : Achille remonte la pente en conviant à son chevet amis et connaissances, autant de figures de ses nuits dont les récits lui donnent à vivre une fête par procuration qu'il convoque comme la fiction totalisante d'une génération venue trouver dans la nuit les utopies qu'elle ne voit pas éclore au jour. Au bout du tunnel, et alors que ses visions des nuits de noce ont pris l'épaisseur du mythe, il compte les derniers jours qui le séparent encore de ses premiers pas. Et de son premier trajet vers la fête.
    Crédits photographiques : Cha Gonzalez, Abandons

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