Robert Laffont (réédition numérique FeniXX)

  • "Nous avons fait le socialisme avant les socialistes. Et la plupart d'entre nous veulent continuer à le faire après eux." C'est ce que confesse Saint-Guillaume, un très haut fonctionnaire proche de la retraite, dans ce document exclusif qui révèle sous le jour le plus cru le mode de vie, les espoirs, les ambitions et les angoisses de la vraie classe dirigeante française, la nomenklatura issue de grandes écoles et qui a obtenu, de surcroît, l'onction de l'ENA. À travers onze portraits "dont aucun n'est vrai mais qui tous sont ressemblants", il démonte impitoyablement les ressorts du système de caste qui épuise le pays et stérilise ses élites. Il rompt ainsi la loi du silence et de la complicité que respectent encore ses camarades de tous les bords politiques. Enfin, il lance avec une lucidité iconoclaste la seule interrogation qui importe : "De même que les socialistes ont poursuivi la politique précédente en la portant à son paroxysme, demain les principaux chefs de l'opposition se contenteront-ils de gouverner un système identique avec une cour de deux cents personnes, presque toutes choisies parmi nos camarades ? L'appel de Saint-Guillaume et de ses nomenclaturistes montre que nous sommes à la veille d'un bouleversement de nos conceptions, de nos moeurs et de nos croyances, préalable indispensable à la réforme politique qui s'annonce.

  • Où nous mène l'Amérique. Les Américains devraient avoir honte : ils ont élu un président dont les anciens élèves de l'ENA ne sont pas fiers. Un président qui a planté des cacahuètes, un "Jimmy peanuts" tout ce qu'il y a d'ordinaire. Au risque de déplaire, Marc Ullmann affirme pourtant que Jimmy Carter a toutes les chances d'être un grand président. Pourquoi ? D'abord parce qu'il est animé d'une volonté exceptionnelle. Ensuite parce que la société américaine est mûre pour un historique compromis entre ses valeurs traditionnelles et sa contre-culture. Mais comment Jimmy Carter va-t-il donner forme à ce compromis ? Quelles réformes va-t-il entreprendre ? Quel impact ces réformes auront-elles sur le monde, sur l'Europe, sur la France ? Jusqu'ici, aucune analyse sérieuse n'a été tentée sur les changements qu'entraînera la nouvelle administration Carter. Pourtant tout en dépend. Le poids de l'Amérique est tel que pas un homme politique, pas un responsable d'entreprise, pas un syndicaliste, pas un écologiste, pas un militaire ne peut, de par le monde, planifier son action sans tenir compte de ce qui se passe là-bas et de ce qui va s'y passer.

  • Le mondialisme passe d'ordinaire pour une utopie un peu naïve ; tout au contraire, c'est une nécessité qui répond aux impératifs les plus réalistes du monde contemporain. C'est ce que montre ici Louis Périllie en décrivant l'évolution qui conduit à l'unité fédérale du monde et qui fera de la planète une même patrie pour ceux qui l'habitent. A travers l'étude des grands problèmes qui présentent déjà une dimension mondiale : répartition de l'énergie et des matières premières, développement, lutte contre la faim, protection contre la pollution, danger atomique, utilisation de l'espace, exploitation des fonds marins, etc., l'auteur recherche les solutions concrètes propres à garantir les droits et intérêts de chaque peuple. Les structures qu'il propose à notre réflexion s'inspirent du souci de développer la responsabilité à tous les niveaux (commune, région, nation) et d'écarter, dans la gestion des affaires mondiales, toute forme d'hégémonie, d'où qu'elle vienne. Face à la crise morale et matérielle qui revêt des aspects mondiaux, bâtir un nouvel ordre économique, plus juste, édifier une société plus respectueuse de l'homme - deux objectifs inséparables - n'est-ce pas le grand dessein qui s'offre à une jeunesse anxieuse de l'avenir ?

  • Où nous mène l'Amérique. Les Américains devraient avoir honte : ils ont élu un président dont les anciens élèves de l'ENA ne sont pas fiers. Un président qui a planté des cacahuètes, un "Jimmy peanuts" tout ce qu'il y a d'ordinaire. Au risque de déplaire, Marc Ullmann affirme pourtant que Jimmy Carter a toutes les chances d'être un grand président. Pourquoi ? D'abord parce qu'il est animé d'une volonté exceptionnelle. Ensuite parce que la société américaine est mûre pour un historique compromis entre ses valeurs traditionnelles et sa contre-culture. Mais comment Jimmy Carter va-t-il donner forme à ce compromis ? Quelles réformes va-t-il entreprendre ? Quel impact ces réformes auront-elles sur le monde, sur l'Europe, sur la France ? Jusqu'ici, aucune analyse sérieuse n'a été tentée sur les changements qu'entraînera la nouvelle administration Carter. Pourtant tout en dépend. Le poids de l'Amérique est tel que pas un homme politique, pas un responsable d'entreprise, pas un syndicaliste, pas un écologiste, pas un militaire ne peut, de par le monde, planifier son action sans tenir compte de ce qui se passe là-bas et de ce qui va s'y passer.

  • Fils de la guerre de 14 et du surréalisme, adepte puis critique lucide du marxisme et du communisme, adversaire brillant de tous les poncifs intellectuels ou sociaux, tel apparaît André Thirion dans cet Éloge de l'indocilité. Les lecteurs du désormais classique Révolutionnaires sans révolution trouveront ici les pensées et les rêves de l'écrivain indépendant et vif dont ils ont dévoré les mémoires. Qu'il s'agisse de narrer par le menu un cas d'incohérence stratégique - la bataille de Baccarat - ou de disséquer en profondeur un cas d'incohérence idéologique - le concept d'aliénation - d'exalter Stirner et Fourrier contre Hegel et Marx, de nous replonger dans l'élaboration de L'Age d'Or de Dali et Bunuel, d'attaquer le travail ou de démythologiser OEdipe au bordel, André Thirion articule, avec ce livre riche et divers, une même et constante profession d'insoumission. Livre insolite, rationnel dans chacune de ses parties et surréaliste dans sa structure d'ensemble, Éloge de l'indocilité prendra place parmi les "exercices spirituels" familiers de tous ceux qui ne veulent pas seulement subir leur époque, mais y devenir libres et au besoin s'en divertir.

  • « Simon Leys, au milieu de l'océan de bêtises et d'escroqueries intellectuelles du maoïsme occidental, nous a fait parvenir le message de la lucidité et de la moralité. Sa trilogie : Les habits neufs du président Mao, Ombres chinoises, Images brisées, est bien l'« acquis à jamais » dont parle Thucydide, au-delà des vicissitudes du combat des diverses « bandes » qui se disputent le pouvoir à Pékin. Observateur, historien, et penseur, Simon Leys reste au long de ces pages surtout un homme, et un écrivain, chez qui la science et la clairvoyance se mêlent merveilleusement à l'indignation et à la satire. Ne cessons pas de relire Ombres chinoises, pour constater qu'au siècle du mensonge, parfois, la vérité relève la tête et éclate de rire. » Jean-François Revel

  • Événement inouï, incompréhensible, inexplicable, irrationnel, entend-on dire de toutes parts pour commenter la rupture, en septembre 1977, de l'Union de la gauche en France, suivie, en mars 1978, d'un échec électoral contraire à toutes les prévisions. Cette rupture et cet échec - ce suicide, disent certains - ne sont mystérieux que si on les isole volontairement des antécédents historiques et du contexte international. Les Unions de la gauche ont un long passé, qui n'est pas seulement français. En France même, la proposition en fut faite par les communistes dès l'époque de Maurice Thorez, mort en 1964. Il s'agit là d'un schéma et d'un processus classiques, dont Branko Lazitch reconstitue de façon fouillée et approfondie l'historique et l'idéologie. Il met en lumière les deux spécificités françaises de ce processus : le "Programme commun de gouvernement" et l'apparition d'un Parti socialiste "de type nouveau", unique en Europe occidentale. Dès lors, on peut résoudre l'énigme. Toute cette histoire prend un sens. Les faits, tous les faits, avec leur passionnante et irremplaçable logique, montrent quelle était la destination finale de l'alliance socialiste-communiste, et pourquoi la machine, lancée à pleine vitesse, s'est soudain désintégrée au lieu de décoller. A l'aide de sa maîtrise exemplaire de la documentation et de l'analyse, Branko Lazitch, le spécialiste mondialement connu du mouvement communiste international, donne les clefs de la période décisive de l'histoire de France qui vit l'ascension et la chute également irrésistibles de l'Union de la gauche. La leçon déborde le cas français, et l'Échec permanent sera désormais un bréviaire essentiel pour la connaissance de notre temps.

  • Quelles furent les causes du dérapage militaire et totalitaire des années 1914-1945 ? Comment expliquer le succès du marxisme au XXe siècle ? Doit-on toujours craindre la croissance de l'État et le totalitarisme ? Ou peut-on, au contraire, accepter sans terreur un nouveau développement de l'interventionnisme étatique comme solution à la crise économique mondiale ? Délaissant la discussion abstraite et les affrontements de doctrines, Emmanuel Todd apporte une réponse neuve et originale à ces questions traditionnelles : la « tentation totalitaire » est, comme le suicide, l'alcoolisme, la schizophrénie et les accidents de la route, un phénomène de pathologie sociale. Seule l'étude simultanée de ces phénomènes parents permet de définir et de comprendre les transformations mentales du XXe siècle, et en particulier la tendance à l'autodestruction, dominante pendant les années 1900-1950. Cette analyse alerte, irrespectueuse et solidement documentée permet également de situer de façon rigoureuse et originale les diverses cultures européennes les unes par rapport aux autres et d'identifier les tendances actuelles de leur évolution.

  • La France est une monarchie républicaine. Le pouvoir de gouverner y appartient principalement à un homme, investi de la légitimité suprême, à peu près libre de ses mouvements, qui ne partage guère l'initiative et l'impulsion, qui prend ou inspire les décisions importantes (et quelquefois les autres), qui « détermine et conduit la politique de la nation », comme dit la Constitution (pas à son propos). Mais cet homme est élu au suffrage universel par un scrutin compétitif et relativement honnête ; son pouvoir est temporaire ; il est contrôlé et limité par un parlement émanant comme lui de la souveraineté populaire, où l'opposition peut s'exprimer. Les Français pensent avoir le monopole d'un tel régime et croient que les autres nations d'Occident bénéficient d'une république à part entière. Ils ont tort. L'expression de « monarque élu » a été inventée voici neuf ans par un auteur anglais pour caractériser la situation et les pouvoirs du premier ministre britannique, qui sont assez proches de ceux de notre Président de la République, malgré les apparences. Le chancelier Brandt, Edouard Heath, Olof Palme, Pierre-Elliott Trudeau et la plupart de leurs congénères sont aussi des « monarques élus », comme l'est évidemment le président Nixon. Le parlement de Westminster n'a pas plus d'influence que celui de Paris, de même que le parlement de Bonn, le parlement de Stockholm, etc. On ne peut comprendre le système français d'aujourd'hui qu'en le confrontant à ses homologues d'aujourd'hui, en prenant conscience qu'ils évoluent ensemble dans la même direction générale et en essayant d'analyser leur fonctionnement réel. Telle est la démarche suivie dans ce livre. Elle conduit à remettre en cause beaucoup d'idées reçues. A Santiago, le 11 septembre 1973, un homme seul, appuyé sur un mandat reçu directement du suffrage universel, a mieux incarné la démocratie qu'une majorité de députés favorables au coup d'État militaire, prouvant qu'un monarque républicain pouvait l'être plus qu'un parlement.

  • La vie et la liberté sont l'objet d'un dramatique enjeu. La chute de la fécondité, de moitié en dix ans, sur le tiers de la planète compromet la transmission de l'acquis culturel dans les sociétés industrielles... Les expressions idéologiques du refus de la vie se désagrègent, mais par vitesse acquise les comportements continuent de progresser. Simultanément, la révolution des communications a créé autant de failles et de trous noirs que de zones de lumière. Les scientifiques ne sortent guère de leur spécialité et les Églises ne veulent rien savoir d'une science pourtant loin de leur être hostile. Une grande partie des messages n'est plus captée et nous risquons de dilapider le prodigieux héritage dont nous sommes les inconscients dépositaires. Pourtant une marge d'incertitude demeure, qui peut jouer en notre faveur, permettre le renversement des tendances qui nous condamnent. Il arrive qu'au dernier moment, le destin hésite. Les paris sont ouverts... Sodome ou Ninive.

  • Être un sceptique résolu. Non pas devant les croyances sincères, mais devant les « discours intimidants » et les tentatives de terrorisme intellectuel. Les intimideurs de la culture, de la politique, sont pareils aux animaux qui se gonflent pour effrayer. Ils prennent des airs terribles. Ils se déguisent en Inquisiteurs. Ces dénonceurs professionnels du mensonge social sont les vrais menteurs. Prêcheurs de licences, ils se donnent des airs de moralistes devant la bourgeoisie laborieuse. Incultes, ils se prétendent créateurs d'une nouvelle culture. Parasites, ils se posent en défenseurs des travailleurs. Ne nous laissons pas intimider. Un brillant plaidoyer pour la liberté de l'esprit, par l'auteur de la célèbre Gnose de Princeton.

  • « L'Espagne est un pays absurde et métaphysiquement impossible, et l'absurde est son nerf et son soutien », a écrit Angel Ganivet, l'un de ses plus amers et plus lucides produits, et qui d'ailleurs s'est suicidé. L'Espagne du dernier quart de siècle va-t-elle démentir ou confirmer Ganivet. C'est la question, essentielle pour l'Europe, que pose L'Espagne sur le fil. Depuis novembre 1975, la péninsule est entrée dans ce que l'on est convenu d'appeler l'après-franquisme. A-t-elle pu amorcer, va-t-elle pouvoir réaliser le passage de la dictature à la démocratie, échapper aux affrontements violents, à l'anarchie, à l'intervention de l'armée ? Pour répondre à ces questions, il faut non seulement bien connaître la période récente, les dernières années du franquisme, les débuts du nouveau régime, mais il faut aussi se familiariser avec les mentalités des partenaires politiques, analyser les antécédents mouvementés et complexes dans lesquels ces mentalités se sont forgées. Où en sont, aujourd'hui, les divers courants de la gauche espagnole ? Que veulent-ils et que peuvent-ils ? Le franquisme, lui, n'est que trop connu. Mais l'opposition ? Français d'origine uruguayenne, profondément imprégné de culture et d'histoire espagnoles, Ricardo Paseyro montre que l'on est obligé, pour saisir les rapports de force actuels, de remonter jusqu'à la brève mais tragique histoire de la République espagnole, de 1931 à 1936. L'histoire de l'Espagne moderne ne commence pas avec le soulèvement militaire de juillet 1936. C'est avant la guerre civile que se sont mises en place les familles politiques de l'opposition qui, aujourd'hui, émergent de nouveau à la lumière. Qu'ont-elles appris de leur cruelle expérience et des métamorphoses d'un monde qui a tant changé depuis quarante ans ? L'Espagne va-t-elle trouver son équilibre ou recommencer à osciller entre anarchie et dictature ? C'est tout le problème. Ricardo Paseyro le traite avec compétence et passion, avec des accents allant souvent jusqu'à la polémique, mais sans jamais rien avancer qui ne soit rigoureusement documenté et irréfutablement démontré.

  • « Simon Leys, au milieu de l'océan de bêtises et d'escroqueries intellectuelles du maoïsme occidental, nous a fait parvenir le message de la lucidité et de la moralité. Sa trilogie : Les habits neufs du président Mao, Ombres chinoises, Images brisées, est bien l'« acquis à jamais » dont parle Thucydide, au-delà des vicissitudes du combat des diverses « bandes » qui se disputent le pouvoir à Pékin. Observateur, historien, et penseur, Simon Leys reste au long de ces pages surtout un homme, et un écrivain, chez qui la science et la clairvoyance se mêlent merveilleusement à l'indignation et à la satire. Ne cessons pas de relire Ombres chinoises, pour constater qu'au siècle du mensonge, parfois, la vérité relève la tête et éclate de rire. » Jean-François Revel

  • Événement inouï, incompréhensible, inexplicable, irrationnel, entend-on dire de toutes parts pour commenter la rupture, en septembre 1977, de l'Union de la gauche en France, suivie, en mars 1978, d'un échec électoral contraire à toutes les prévisions. Cette rupture et cet échec - ce suicide, disent certains - ne sont mystérieux que si on les isole volontairement des antécédents historiques et du contexte international. Les Unions de la gauche ont un long passé, qui n'est pas seulement français. En France même, la proposition en fut faite par les communistes dès l'époque de Maurice Thorez, mort en 1964. Il s'agit là d'un schéma et d'un processus classiques, dont Branko Lazitch reconstitue de façon fouillée et approfondie l'historique et l'idéologie. Il met en lumière les deux spécificités françaises de ce processus : le "Programme commun de gouvernement" et l'apparition d'un Parti socialiste "de type nouveau", unique en Europe occidentale. Dès lors, on peut résoudre l'énigme. Toute cette histoire prend un sens. Les faits, tous les faits, avec leur passionnante et irremplaçable logique, montrent quelle était la destination finale de l'alliance socialiste-communiste, et pourquoi la machine, lancée à pleine vitesse, s'est soudain désintégrée au lieu de décoller. A l'aide de sa maîtrise exemplaire de la documentation et de l'analyse, Branko Lazitch, le spécialiste mondialement connu du mouvement communiste international, donne les clefs de la période décisive de l'histoire de France qui vit l'ascension et la chute également irrésistibles de l'Union de la gauche. La leçon déborde le cas français, et l'Échec permanent sera désormais un bréviaire essentiel pour la connaissance de notre temps.

  • Peut-on instaurer le socialisme dans la liberté ? On en disserte, on en fait la théorie. Gabriel Ardant s'est efforcé d'apporter une réponse fondée sur les faits, c'est-à-dire sur l'examen d'un pays, la Suède, où depuis quarante ans le socialisme est en voie de construction. Il s'agit là d'une véritable révolution qui vise à supprimer les aliénations de toutes natures, les inégalités, les barrières de classe. C'est en l'étudiant de près que l'on peut mesurer les sérieux obstacles à surmonter quand on veut transformer la société en tablant sur l'adhésion et non sur la contrainte. Cette démarche révolutionnaire, calme et sans romantisme, laisse souvent indifférents les Français. Elle leur paraît relever d'un réformisme médiocre, et non d'une révolution. Or, il s'agit bel et bien d'une révolution, n'en déplaise aux dogmatiques. Il est vrai que les Suédois n'ont pas commencé par les réformes de structure mais par le changement de la condition des hommes et des rapports qu'ils ont les uns avec les autres. Ils ont fait beaucoup de progrès dans ces domaines ; maintenant, ils en sont arrivés au point où, pour aller de l'avant, il leur faut s'attaquer aux structures de l'économie et plus encore au mode de gestion des entreprises. Dans l'usine comme dans la cité, substituer aux hiérarchies autoritaires la participation des travailleurs, aller de la démocratie politique à la démocratie industrielle, c'est un des enjeux de cette révolution suédoise.

  • Quelles furent les causes du dérapage militaire et totalitaire des années 1914-1945 ? Comment expliquer le succès du marxisme au XXe siècle ? Doit-on toujours craindre la croissance de l'État et le totalitarisme ? Ou peut-on, au contraire, accepter sans terreur un nouveau développement de l'interventionnisme étatique comme solution à la crise économique mondiale ? Délaissant la discussion abstraite et les affrontements de doctrines, Emmanuel Todd apporte une réponse neuve et originale à ces questions traditionnelles : la « tentation totalitaire » est, comme le suicide, l'alcoolisme, la schizophrénie et les accidents de la route, un phénomène de pathologie sociale. Seule l'étude simultanée de ces phénomènes parents permet de définir et de comprendre les transformations mentales du XXe siècle, et en particulier la tendance à l'autodestruction, dominante pendant les années 1900-1950. Cette analyse alerte, irrespectueuse et solidement documentée permet également de situer de façon rigoureuse et originale les diverses cultures européennes les unes par rapport aux autres et d'identifier les tendances actuelles de leur évolution.

  • Le mondialisme passe d'ordinaire pour une utopie un peu naïve ; tout au contraire, c'est une nécessité qui répond aux impératifs les plus réalistes du monde contemporain. C'est ce que montre ici Louis Périllie en décrivant l'évolution qui conduit à l'unité fédérale du monde et qui fera de la planète une même patrie pour ceux qui l'habitent. A travers l'étude des grands problèmes qui présentent déjà une dimension mondiale : répartition de l'énergie et des matières premières, développement, lutte contre la faim, protection contre la pollution, danger atomique, utilisation de l'espace, exploitation des fonds marins, etc., l'auteur recherche les solutions concrètes propres à garantir les droits et intérêts de chaque peuple. Les structures qu'il propose à notre réflexion s'inspirent du souci de développer la responsabilité à tous les niveaux (commune, région, nation) et d'écarter, dans la gestion des affaires mondiales, toute forme d'hégémonie, d'où qu'elle vienne. Face à la crise morale et matérielle qui revêt des aspects mondiaux, bâtir un nouvel ordre économique, plus juste, édifier une société plus respectueuse de l'homme - deux objectifs inséparables - n'est-ce pas le grand dessein qui s'offre à une jeunesse anxieuse de l'avenir ?

  • On donne l'impression aux Français que leur télévision est la meilleure du monde. C'est faux. On donne l'impression aux Français que les autres télévisions fonctionnent toutes comme la leur. C'est faux. Le dynamisme, la liberté de ton, l'audace, jadis qualités françaises, ne le sont pas en ce qui concerne la télévision. Cette analyse critique de la télévision française repose sur une idée fondamentale : la télévision française n'est que le miroir de la société française. Si elle n'est pas une télévision libérale comme on la connaît au Canada ou aux États-Unis, c'est que la société française est une société moins libérale que la société nord-américaine et même anglaise. Si l'ingérence politique du gouvernement est possible, c'est que le combat contre elle n'est pas convaincant. On a trop l'impression qu'une partie de la gauche ne souhaite pas autre chose qu'être au pouvoir pour contrôler à son tour la radio-télévision. De toutes les démocraties libérales d'Occident, la télévision française est la moins libérale, pour ne pas dire la plus gouvernementale. Comment expliquer cette situation autrement que par la culture politique qui enserre la société française ? Pour la Québécoise que je suis, émerveillée d'entendre la discussion partout dans le pays, au bistrot, chez le boucher, dans le métro, quel choc de découvrir que celle-ci est absente du petit écran ! Que ce qu'on nomme discussion n'est que monologue, ou discours à deux ! Ce livre contient aussi les résultats d'un an d'analyse de contenu des journaux télévisés ainsi que les réponses à un questionnaire auquel a participé l'ensemble des journalistes de politique étrangère de la 1re et de la 2e chaîne et une partie des correspondants à l'étranger. Que pensent ces journalistes de la télévision française ? Est-ce une télévision gouvernementale à leurs yeux ? Sont-ils ou non en accord avec la politique officielle de leur pays telle que définie par le Quai d'Orsay ? Que pensent les hommes politiques des journalistes dans ce pays ? Y a-t-il des différences entre les chaînes ? Voilà le genre de question posée. Pourquoi la télévision par câbles est-elle impensable en France ? Pourquoi seule la privatisation pourrait peut-être rompre cette unité de pensée, de ton, et de style que véhicule la télévision française ? Comment expliquer que cette France, ce pays puissant, ait une télévision qui soit finalement si pauvre, compte tenu non pas nécessairement des autres télévisions, mais du potentiel, de la dynamique culturelle, de ce pays vis-à-vis duquel, comme Québécoise, je ne puis être indifférente...

  • Fils de la guerre de 14 et du surréalisme, adepte puis critique lucide du marxisme et du communisme, adversaire brillant de tous les poncifs intellectuels ou sociaux, tel apparaît André Thirion dans cet Éloge de l'indocilité. Les lecteurs du désormais classique Révolutionnaires sans révolution trouveront ici les pensées et les rêves de l'écrivain indépendant et vif dont ils ont dévoré les mémoires. Qu'il s'agisse de narrer par le menu un cas d'incohérence stratégique - la bataille de Baccarat - ou de disséquer en profondeur un cas d'incohérence idéologique - le concept d'aliénation - d'exalter Stirner et Fourrier contre Hegel et Marx, de nous replonger dans l'élaboration de L'Age d'Or de Dali et Bunuel, d'attaquer le travail ou de démythologiser OEdipe au bordel, André Thirion articule, avec ce livre riche et divers, une même et constante profession d'insoumission. Livre insolite, rationnel dans chacune de ses parties et surréaliste dans sa structure d'ensemble, Éloge de l'indocilité prendra place parmi les "exercices spirituels" familiers de tous ceux qui ne veulent pas seulement subir leur époque, mais y devenir libres et au besoin s'en divertir.

  • La France est une monarchie républicaine. Le pouvoir de gouverner y appartient principalement à un homme, investi de la légitimité suprême, à peu près libre de ses mouvements, qui ne partage guère l'initiative et l'impulsion, qui prend ou inspire les décisions importantes (et quelquefois les autres), qui « détermine et conduit la politique de la nation », comme dit la Constitution (pas à son propos). Mais cet homme est élu au suffrage universel par un scrutin compétitif et relativement honnête ; son pouvoir est temporaire ; il est contrôlé et limité par un parlement émanant comme lui de la souveraineté populaire, où l'opposition peut s'exprimer. Les Français pensent avoir le monopole d'un tel régime et croient que les autres nations d'Occident bénéficient d'une république à part entière. Ils ont tort. L'expression de « monarque élu » a été inventée voici neuf ans par un auteur anglais pour caractériser la situation et les pouvoirs du premier ministre britannique, qui sont assez proches de ceux de notre Président de la République, malgré les apparences. Le chancelier Brandt, Edouard Heath, Olof Palme, Pierre-Elliott Trudeau et la plupart de leurs congénères sont aussi des « monarques élus », comme l'est évidemment le président Nixon. Le parlement de Westminster n'a pas plus d'influence que celui de Paris, de même que le parlement de Bonn, le parlement de Stockholm, etc. On ne peut comprendre le système français d'aujourd'hui qu'en le confrontant à ses homologues d'aujourd'hui, en prenant conscience qu'ils évoluent ensemble dans la même direction générale et en essayant d'analyser leur fonctionnement réel. Telle est la démarche suivie dans ce livre. Elle conduit à remettre en cause beaucoup d'idées reçues. A Santiago, le 11 septembre 1973, un homme seul, appuyé sur un mandat reçu directement du suffrage universel, a mieux incarné la démocratie qu'une majorité de députés favorables au coup d'État militaire, prouvant qu'un monarque républicain pouvait l'être plus qu'un parlement.

  • La vie et la liberté sont l'objet d'un dramatique enjeu. La chute de la fécondité, de moitié en dix ans, sur le tiers de la planète compromet la transmission de l'acquis culturel dans les sociétés industrielles... Les expressions idéologiques du refus de la vie se désagrègent, mais par vitesse acquise les comportements continuent de progresser. Simultanément, la révolution des communications a créé autant de failles et de trous noirs que de zones de lumière. Les scientifiques ne sortent guère de leur spécialité et les Églises ne veulent rien savoir d'une science pourtant loin de leur être hostile. Une grande partie des messages n'est plus captée et nous risquons de dilapider le prodigieux héritage dont nous sommes les inconscients dépositaires. Pourtant une marge d'incertitude demeure, qui peut jouer en notre faveur, permettre le renversement des tendances qui nous condamnent. Il arrive qu'au dernier moment, le destin hésite. Les paris sont ouverts... Sodome ou Ninive.

  • « L'Espagne est un pays absurde et métaphysiquement impossible, et l'absurde est son nerf et son soutien », a écrit Angel Ganivet, l'un de ses plus amers et plus lucides produits, et qui d'ailleurs s'est suicidé. L'Espagne du dernier quart de siècle va-t-elle démentir ou confirmer Ganivet. C'est la question, essentielle pour l'Europe, que pose L'Espagne sur le fil. Depuis novembre 1975, la péninsule est entrée dans ce que l'on est convenu d'appeler l'après-franquisme. A-t-elle pu amorcer, va-t-elle pouvoir réaliser le passage de la dictature à la démocratie, échapper aux affrontements violents, à l'anarchie, à l'intervention de l'armée ? Pour répondre à ces questions, il faut non seulement bien connaître la période récente, les dernières années du franquisme, les débuts du nouveau régime, mais il faut aussi se familiariser avec les mentalités des partenaires politiques, analyser les antécédents mouvementés et complexes dans lesquels ces mentalités se sont forgées. Où en sont, aujourd'hui, les divers courants de la gauche espagnole ? Que veulent-ils et que peuvent-ils ? Le franquisme, lui, n'est que trop connu. Mais l'opposition ? Français d'origine uruguayenne, profondément imprégné de culture et d'histoire espagnoles, Ricardo Paseyro montre que l'on est obligé, pour saisir les rapports de force actuels, de remonter jusqu'à la brève mais tragique histoire de la République espagnole, de 1931 à 1936. L'histoire de l'Espagne moderne ne commence pas avec le soulèvement militaire de juillet 1936. C'est avant la guerre civile que se sont mises en place les familles politiques de l'opposition qui, aujourd'hui, émergent de nouveau à la lumière. Qu'ont-elles appris de leur cruelle expérience et des métamorphoses d'un monde qui a tant changé depuis quarante ans ? L'Espagne va-t-elle trouver son équilibre ou recommencer à osciller entre anarchie et dictature ? C'est tout le problème. Ricardo Paseyro le traite avec compétence et passion, avec des accents allant souvent jusqu'à la polémique, mais sans jamais rien avancer qui ne soit rigoureusement documenté et irréfutablement démontré.

  • Être un sceptique résolu. Non pas devant les croyances sincères, mais devant les « discours intimidants » et les tentatives de terrorisme intellectuel. Les intimideurs de la culture, de la politique, sont pareils aux animaux qui se gonflent pour effrayer. Ils prennent des airs terribles. Ils se déguisent en Inquisiteurs. Ces dénonceurs professionnels du mensonge social sont les vrais menteurs. Prêcheurs de licences, ils se donnent des airs de moralistes devant la bourgeoisie laborieuse. Incultes, ils se prétendent créateurs d'une nouvelle culture. Parasites, ils se posent en défenseurs des travailleurs. Ne nous laissons pas intimider. Un brillant plaidoyer pour la liberté de l'esprit, par l'auteur de la célèbre Gnose de Princeton.

  • Peut-on instaurer le socialisme dans la liberté ? On en disserte, on en fait la théorie. Gabriel Ardant s'est efforcé d'apporter une réponse fondée sur les faits, c'est-à-dire sur l'examen d'un pays, la Suède, où depuis quarante ans le socialisme est en voie de construction. Il s'agit là d'une véritable révolution qui vise à supprimer les aliénations de toutes natures, les inégalités, les barrières de classe. C'est en l'étudiant de près que l'on peut mesurer les sérieux obstacles à surmonter quand on veut transformer la société en tablant sur l'adhésion et non sur la contrainte. Cette démarche révolutionnaire, calme et sans romantisme, laisse souvent indifférents les Français. Elle leur paraît relever d'un réformisme médiocre, et non d'une révolution. Or, il s'agit bel et bien d'une révolution, n'en déplaise aux dogmatiques. Il est vrai que les Suédois n'ont pas commencé par les réformes de structure mais par le changement de la condition des hommes et des rapports qu'ils ont les uns avec les autres. Ils ont fait beaucoup de progrès dans ces domaines ; maintenant, ils en sont arrivés au point où, pour aller de l'avant, il leur faut s'attaquer aux structures de l'économie et plus encore au mode de gestion des entreprises. Dans l'usine comme dans la cité, substituer aux hiérarchies autoritaires la participation des travailleurs, aller de la démocratie politique à la démocratie industrielle, c'est un des enjeux de cette révolution suédoise.

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