Les Éditions de l'Hexagone

  • À la fois poème et roman, voici la confession d'un Virgile rapatrié, d'un Quichotte actuel mais déculturé, d'un Dante sourd, québécois, aveugle et agnostique. En une centaine de chants menés rondement et non moins roboratifs que le vieil océan de Lautréamont ou l'hippopotame invisible de Telus, le héros décide de refaire sa vie après un accident de voiture. Il s'appelle Pierre Pons, alias Gérard Ovide Quevedo-Labine, Gerry pour les intimes. Il cherche sa mère dans les brumes de la réalité, va à Paris, en revient, y retourne, monte au ciel, descend dans des tombeaux, rêvant toujours d'amours folles.

  • Une île, une mère attentive, un père chasseur, mais surtout une enfant, qui a, sous les ongles, des débris d'enfance et des rêves de plume, et voudrait saisir, dans la migration des oiseaux, l'éternité. L'être humain ne reste-t-il pas vivant aussi longtemps que l'on pense à lui?
    L'écriture de Mireille Gagné traite de ces choses graves, essentielles, et éclaire les rapports étroits entre l'être humain et la nature. Sa poésie, en quête de vie spirituelle, laisse entrevoir des mondes intérieurs peu visités, comme si, à la chasse à l'oie, on pouvait découvrir l'univers.

  • Entre deux âges, l'enfance, l'adolescence, entre deux lieux, la grande clairière, la ville encerclée, Jean Lhomme, Faye Rose et quelques autres, dont un mystérieux narrateur qui les suit, apprennent à être : à exister, à persister, à résister. Ils apprendront l'amour extrême, l'insatiable soif de l'esprit, la révolte obstinée. Mais cette voracité les dévorera petit à petit.
    En tournant le dos au monde, ils font dos à leur propre vie, même en fonçant dans le tas des choses, des autres et des évènements, qui se retournent contre eux. Dans cette position précaire, l'auteur fait leur portrait, qu'il présente comme la face cachée de sa propre histoire, sorte d'autobiographie non autorisée dans laquelle il se reconnaît... au moment même où tout s'achève.

  • Récit ? fragments de fiction ? poésie de prose ?Ces genres se confondent où alternent dérives apocalyptiques et scènes intimistes. En ce texte passionnel, entre les travaux et les jours de Pointe-au-Père, dans le Bas-du-Fleuve, et le secret bien gardé d'un voyage de noces, des personnages fantasmatiques se croisent : un médecin excessif, sa femme languissante, une prostituée de la Côte-Nord, un enfant perdu, un écureuil visionnaire... Sous le choc de la violence qu'ils subissent ou font subir et tentent en vain d'exorciser, ils vivent dans un univers brutal, ravageur, ravagé. Leurs chemins conduisent vers l'inconnu, l'irrationnel, tandis qu'ils s'enlisent dans l'horreur de la nuit des temps.
    Le poète livre un texte à la sensualité brute, dénuée de sentimentalisme. Les amours sans bonheur, liées à des rituels, s'apparentent aux sacrifices. Seule la beauté du monde et des paysages tient lieu de salut.

  • L'écrivain Paris Dumauriac en a « fini avec la littérature » : il veut devenir un auteur populaire, écrire un roman de 400 pages, comme ceux qui ont du succès. Mais pour y parvenir, il ne s'agit pas seulement d'écrire, il faut aussi faire la une des journaux. C'est dans ce but qu'il s'emploie à s'inventer une vie criminelle et scandaleuse.

    Guy Lalancette construit un récit complexe où s'enchevêtrent fiction policière, réflexions sur la littérature, histoires d'amour un brin incestueuses... Ses personnages hauts en couleur, souvent rebelles, sont unis par une amitié forte et un puissant désir de vivre à leur façon, en marge de la société des bien-pensants.

    L'on trouvera dans L'épivardé une fugueuse dans un cercueil, une prostituée presque sainte vierge, de l'urine dans les bénitiers, des sous-vêtements accrochés à un lampadaire, un écrivain sans papier. L'on trouvera surtout une histoire portée par le coeur et la révolte où la vie ressemble à un roman.
    Je n'ai aucune hésitation devant la page blanche. Ma retenue n'a rien à voir avec une angoisse quelconque. Elle n'est que l'expression de mon impatience, de l'énergie que j'emmagasine, de l'élan que je retiens pour mieux sauter dans les pages glacées des magazines, les plages culturelles des talkshows et les pyramides des best-sellers. Ce qu'il y a, c'est que j'en ai fini avec la littérature. Je veux faire un livre.
    Guy Lalancette est l'auteur des romans Les yeux du père (2002), Un amour empoulaillé (2004), La conscience d'Éliah (2009) et Le bruit que fait la mort en tombant (2011), qui lui ont valu de nombreux prix et distinctions.

  • Dans ce roman d'apprentissage où un poète découvre l'art du roman, le lecteur se laisse transporter par une écriture d'une luminosité singulière dans la Rome et l'Italie des années 1980. Catapulté dans ce pays de rêve et de poésie, le narrateur explore le monde qui l'entoure, dont fait surtout partie Carolina F., l'objet incontournable de son désir. Après l'Enfer de l'adaptation en terre étrangère, il espère trouver le Paradis sur l'île d'Ischia, où les romans, parfois, s'achèvent. Flottant entre réalisme et onirisme, le texte de Francis Catalano n'est pas sans rappeler les atmosphères felliniennes.

    Extrait
    (...) je désire Carolina F. mais ne peux la désirer nulle part sauf en cet espace lointain, tendu entre elle et moi, et qui rapetisse et s'allonge à l'image de l'univers vu par la physique quantique, au fil des minutes, des secondes, des nanosecondes, jusqu'au baiser sur sa bouche; l'ultime conquête; le dernier arc; jusqu'à l'éclatement des notions de course et de temps.

  • Les poèmes de L'Abrupt ont été écrits du 19 juillet 2007 au 26 avril 2008, sauf quelques exceptions. Ils forment une seule oeuvre en deux volets. Pour composer les volumes, j'ai respecté de façon générale la date d'écriture des poèmes : chaque texte étant placé dans le premier ou le second volet en accord avec l'axe, le pôle de convergence que j'ai entrevus pour chacun des livres. André Gide écrivait que « l'audace la plus belle est celle de la fin de la vie [...] dans quelques [...] artistes dont l'oeuvre s'achève en falaise et qui présentent au futur la plus abrupte face » de leur quête. Il y a peut-être là une esquisse de « mode d'être », l'arrière-plan d'une fascination et du déclenchement de mon écriture dans L'Abrupt . F.O.

  • Les poèmes de L'Abrupt ont été écrits du 19 juillet 2007 au 26 avril 2008, sauf quelques exceptions. Ils forment une seule oeuvre en deux volets. Pour composer les volumes, j'ai respecté de façon générale la date d'écriture des poèmes : chaque texte étant placé dans le premier ou le second volet en accord avec l'axe, le pôle de convergence que j'ai entrevus pour chacun des livres.André Gide écrivait que « l'audace la plus belle est celle de la fin de la vie [...] dans quelques [...] artistes dont l'oeuvre s'achève en falaise et qui présentent au futur la plus abrupte face » de leur quête. Il y a peut-être là une esquisse de « mode d'être », l'arrière-plan d'une fascination et du déclenchement de mon écriture dans L'Abrupt.F.O.

  • Onze

    Dulong Annie

    Ils s'appelaient Leah, Peter, Eva, Ginny, Antonia, Andrew. Peut-être faudrait-il préciser davantage : la couleur de leur complet ou de leur tailleur. Le poids du porte-documents. La commande de café, dans le petit restaurant à la sortie du métro. Les conversations anodines, autour du déjeuner, ou le silence. Les gestes du quotidien, crème à raser, déodorant, chemise, bas. Le visage fermé du changeur dans le métro, son histoire. Ils n'avaient d'autre point commun que de se trouver au même endroit. Ou plutôt au même moment. Le 11 septembre 2001, à New York, quelque part dans le World Trade Center. Juste avant que tout bascule. Ce texte d'une intense gravité, mais d'une infinie délicatesse, met en scène quelques personnages placés au coeur d'un événement pour lequel ils n'ont d'autre certitude que la nécessité de leur survie. Ils ne savent pas que le 11 septembre 2001 deviendra, avec eux, un jour historique. Ils réagissent, seulement.

  • Construit à même un temps flottant ou suspendu, ce deuxième et dernier volet du projet Les grands cimetières , qui a pour thème le deuil des certitudes, tente de saisir ce que nous sommes comme être aimant dans ce monde et ce qu'est ce monde autour de nous. Avec des poèmes, des vers semblables à des éclats de sens jaillis du chaos ou du silence, l'auteure poursuit son questionnement sur l'appartenance au monde, mais, cette fois, dans la nécessité de tout dire, de tout larguer, car une certaine mort est venue.

  • J'essaie divers rôles. J'adopte diverses attitudes. À mes expériences vécues, j'affecte nombre de significations différentes. J'écris Le Coeur innombrable. Se tenir sur les bords, rester sauvage et en première ligne, seule façon pour François Charron de vivre sa vie de poète. Du côté des petites révoltes, il a fait de l'amour du beau sa priorité, du poème sa seule raison d'être.

  • Fleur Després, cette " terrible vivante " dirait Louky Bersianik, serait-elle l'alter égo d'Andrée Ferretti ? La manière d'exister, de penser, d'aimer et de s'engager de la célèbre reporter-photographe dont la vie et l'oeuvre traversent le XXe siècle, pourrait nous le faire croire, mais sera démentie par des événements qui nous forcent à en douter. Comme dans son Bénédicte sous enquête , Andrée Ferretti invente ici un scénario apte à déjouer habilement tous les détectives, amateurs de littérature, qui s'emploient à démêler le vrai du faux. Demeure le classicisme du style. Indéniablement celui d'Andrée Ferretti.

  • Interlocution trouble, " poème dramatique ", avant le timbre met en scène un narrateur dont les messages téléphoniques interpellent une femme tendue entre l'absence et la présence, révélant par là divers petits écarts de communication qui nous relient. Ce théâtre vocal se prolonge dans deux courts textes lui faisant écho : L'essoufflerie (carnet du voyeur) et Bonjour et sans demain (Lettre au père).

  • Dans ce premier volet du projet Les grands cimetières qui a pour thème le deuil des certitudes, l'auteure poursuit son questionnement sur comment appartenir au monde en explorant plus particulièrement les conséquences du vivre. À la fois fil et rupture, glissement entre récit et silence, refus du mensonge, mais vacillement de la parole, ces courts poèmes tentent de refaire, devant la vérité de ce que nous sommes, autant que devant celle de ce que nous ne sommes pas, la pierre de notre présence.

  • Bunyip

    Carmain Louis

    Il cracha sur les flammes, léger grésillement, infime court-circuit, quelque chose comme ça, bruit de l'âme qui s'en va. N'oubliez pas votre promesse, rappela-t-il encore au photographe, le reportage. Et, comme Timothée se taisait, Pisin ajouta, tout en offrant aux flammes une canette vide de Count Cola : votre fixation sur cette frégate a une certaine beauté. Celle de la démesure. Il la mima en étendant les bras horizontalement : la démesure mesurait environ un mètre quatre-vingts. Vous êtes photographe et vous partez à la recherche d'une frégate japonaise échouée sur l'île de Bougainville. Mais c'est plutôt une séduisante Taïwanaise, puis des guérilleros que vous trouvez sur votre chemin. Bientôt, ils deviennent vos geôliers. Et pendant que vous tergiversez dans votre cage de bambou, hésitant entre diverses formes d'évasion, l'épave disparue continue de se désagréger, comme tout le reste.

  • Ce livre amoral d'où la rectitude politique est exclue propose un étrange renversement des genres sexuels et littéraires en une expérience de l'extrême. Perplexe devant le réel, Chantal Neveu expose à la fois le corps et ce rien qui l'habite. Son écriture, à l'éthique minimale, va jusqu'à la dissolution de l'idéalisme, mais demeure indulgente pour le vivant qui nous agite. Une spectaculaire influence est véritablement engagé tant sur le plan littéraire que sur le plan social.

  • Des villes se sont érigées sur des absences de ville. Des champs ont recouvert des absences de champ. Des déserts, des campagnes, tirés de leur sommeil par des rêves de vitesse récurrents et anciens. Tous les lieux qui habitent l'écriture de ces poèmes sont autant d'oiseaux sortis du cadre de leur vol, qui disparaissent chaque nuit par les alvéoles de l'air et reviennent à chaque aube sur un nouveau rameau.
    Ce sont, nimbés d'une lueur crépusculaire, Phoenix, San Diego, Scottsdale, Flagstaff, Niagara, la baie Georgienne, Midland, Sainte-Marie-aux-Hurons, New York, Montréal, La Havane, Cayo Largo, Huatulco (Oxaca), la Bahía Santa Cruz, la Bahía Cacaluta, La Crucecita, Myrtle Beach, Charleston, Concord (Mass.), Walden Pond, Lowell, Plymouth, Portland, Cambridge, Boston, Québec, Cincinnati (pour l'escale), Monument Valley, Winslow, Painted Desert, Four Corners, Kingman, Mesa, Salem, Portsmouth, Tortilla Flat, Apache Trail, la réserve Nationale Mojave, la forêt Tonto, le Grand Canyon, la réserve Hopi, San Bernardino, le désert Anza-Borrego. Qu'ils soient resalués, ici, de ce qu'ils existent et remerciés d'avoir été là. F.C.

  • Rue des Érables raconte l'histoire de Jean, fils de notaire, élevé au sein d'une famille petite-bourgeoise de Québec durant les années quarante. Tout en nuances, ce roman psychologique d'une rare pénétration propose un portrait fascinant de la société empesée et hypocrite qui dominait alors à travers le regard d'un jeune homme qui cherche à rompre avec ce milieu pour répondre à l'appel du large.

  • Deux femmes. Une chambre. Hôtel Rafale. Une ville armée jusqu'aux dents. Plus tard, Rimouski, le fleuve tranquille, la naissance d'un projet entre une femme de lettres, une photographe et l'océanographe Occident DesRives. La mer. Ivresse du récit. Puis, la réalité vaille, les questions se multiplient, secouent les certitudes. Un temps double s'installe, couple mystérieux du réel et du virtuel. Qui de l'image ou des mots nous initiera désormais à la vérité des lieux, à la passion forte du futur?

  • des poussièresnous toujours en mouvementprenant conscience de nous-mêmesune fois enfuisportés par l'effort la misèrele blanc le bleu de l'hiverle flegme des ventsnous des arbres raresqui ont dû s'arquerou se briser en deuxÉcrit dans l'urgence de saper le confort génocide d'une société aseptisée, ce dernier tome d'une trilogie inavouée évoque, en un souffle aussi acéré que rageur, l'abandon de la liberté. Entre mémoire et vigilance, les mains vides face aux désastres, le poète nous rappelle l'arbre rare, phare au coeur de la débâcle humaine. C'est avec un désespoir lumineux qu'il tente de le raviver.

  • Hunter est mort. Pour ces hommes qui ont vu leur destin lié au sien durant la guerre, il sera passé comme une ombre. Comment, alors, le raconter ?
    Dans ce roman d'une rare densité psychologique, où interviennent narration classique, journaux intimes et correspondance, Judy Quinn trace le portrait en creux d'un homme voué à l'oubli. Ce faisant, elle s'interroge sur la façon - et la possibilité même - de parler de l'autre.
    « Cher Hunter, tu te souviens, Nanette venait d'arriver de son salon de coiffure, un arbre est tombé à quelques mètres de nous, et on s'est regardés, Nanette, toi et moi, comme si était né en même temps un grand malheur, et c'est là que je t'ai dit que si tu y allais j'irais moi aussi et tu as seulement haussé les épaules, pendant que Nanette me fixait d'un air horrifié, un malheur est tombé, disaient ses yeux, et les tiens ne disaient rien d'autre qu'on est tous seuls de toute façon. »

  • Ses longs bras se croisent derrière ma nuque, les miens emprisonnent son dos puis, jambes enchevêtrées, cheveux et salive entre nos bouches, nous basculons sur le lit. Nous restons ainsi un bon moment, nos langues exprimant sans paroles l'émoi que jettent en nos abîmes la nostalgie de mes automnes et la souillure de son adultère. Un écrivain quinquagénaire, couvert d'honneurs mais désabusé, traîne sa solitude dans un salon du livre en région éloignée. Vivant en Afrique depuis de nombreuses années, il retrouve, à l'occasion de ce retour au Québec, les sentiers de son enfance et revit la douleur d'un premier amour traumatisant. L'homme de partout, cet étranger sans adresse, trouvera alors le chemin de son histoire et découvrira que même les grands voyageurs ont toujours des racines quelque part. L'homme de partout est un roman touchant, au style sensible et sincère, qui laisse entrevoir les contours de la vie de son auteur.

  • Guano

    Carmain Louis

    En 1864, l'Espagne chercha une raison de faire la guerre au Pérou. Elle trouva le guano: ce fut sérieux. Simón, marin scribouillard, en profita pour rencontrer une femme. Ce fut bref. Cette femme ne figure pas dans les rapports officiels, bien qu'elle les eût gonflés d'une conquête supplémentaire. Sans doute valait-il mieux qu'elle demeure rêvée. Car lorsqu'elle partit, elle ne disparut pas pour autant, et Simón put emmener son fantôme à bord de son navire.

    Dans ce roman, qui hérite beaucoup de Julien Gracq et de Jean Echenoz, l'auteur observe à la loupe ce qu'on a l'habitude de nous montrer en plan de grand ensemble.
    Tourmenté, il n'arrivait plus à écrire ses rapports, encore moins une lettre pour Montse. Ce n'était pas faute d'y penser. Précisément, il ne pensait qu'à cela. Elle était dans toute allusion à Callao, à l'Espagne, aux femmes en général, aux parapluies en particulier, à n'importe quoi. Sa pensée était comme encerclé de sa chevelure. Et cette idée fixe ne se remuait qu'en de brefs moments de soulagement : une miction, un sommeil, un danger.
    Or, dès que le calme revenait au monde, la tempête reprenait en lui.

  • La chambre aux quatre vents tente d'approfondir la compréhension des corps et des lieux qu'ils habitent. L'écriture interroge les profondeurs du rapport amoureux qui s'édifie, se dilate,s'effrite et éclate. Une toile se tisse autour des êtres, à la mesure de leur sensibilité au corps, aux lieux, qui tantôt les magnifient tantôt les décharnent, et aux rituels, sobres ou sacrés, du quotidien. Le corps, cette matière palpable et évanescente à la fois, sert de réceptacle à la mémoire de l'autre. La perte et la séparation demeurent des conditions intrinsèques à l'existence de cet autre en soi.

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