Suzanne Jacob

  • L'obéissance

    Suzanne Jacob

    Dans ces maisons, où l'ordre tient lieu d'oxygène, vivent des petits couples ordinaires. Florence et Hubert, par exemple. Pris séparément, ils ne créent pas l'enfer. Pas du tout. Isolément, chacun est plutôt terne. Disons inintéressant. Il n'y a rien qui brille, rien qui luise, rien qui attire l'attention, rien. Mais dès qu'ils sont ensemble, dès qu'ils sont unis, ces deux néants,, une loi monstrueuse naît de leur relation. C'est la loi du couple.
    Comment un petit couple humain en vient à saigner à mort ses enfants bien-aimés, comment ces enfants bien-aimés laissent leur parents les saigner à mort, voilà ce que je vais m'obliger à essayer de dire, de redire et de montrer, dit Julie.

  • Les nouvelles de Suzanne Jacob nous portent aux sources de la parole amoureuse, jusqu'à ce lieu originel où elle nous est transmise pour que nous puissions à notre tour la transmettre.

  • À partir d'une question - de quoi est fait le discernement de l'auteur? -, Suzanne Jacob nous offre une réflexion sur le monde contemporain et les mythologies qui le gouvernent. Cet essai plonge dans les fondements mêmes de l'acte d'écrire. C'est tout à fait un livre de Suzanne Jacob: d'une pensée exigeante, voire têtue, délicieusement compliquée à l'occasion, usant de tous les moyens, fiction aussi bien que réflexion, pour faire passer des convictions profondément senties. Elle plaide passionnément pour l'autre, pour l'autrement - contre ce qu'elle appelle le «vécu», le «terminé» -, pour ce qui permet d'échapper à la «fiction dominante». C'est dire qu'il y a de la polémique dans l'air, de la protestation. Mais l'ouvrage est porté, avant tout, par la passion de créer, d'inventer. Gilles Marcotte, L'actualité

  • Est-ce que la certitude de l'inéluctabilité de l'extinction du Soleil serait responsable de notre désensibilisation, de notre indifférence face à toute autre menace d'extinction ?

    Après avoir posé cette question, la conférencière s'est arrêtée en réprimant un bâillement. À ce moment précis, tous les auditeurs ont entendu la fameuse mouche voler.

    Et n'est-ce pas justement là tout l'art de Suzanne Jacob, celui de nous faire entendre le silence de la fameuse mouche, ou plutôt, de le décoder, de le faire parler pour nous ? De quoi sont faits tous ces non-dits, qui nous pèsent comme autant de morts qu'on ne peut enterrer parce que c'est l'hiver ?

    Éblouissantes de maîtrise, attentives à nos multiples dissimulations, ces nouvelles mettent en scène des personnages qui sont au milieu, juste entre pile et face, entre recto et verso, entre l'envers et l'endroit de leur vie.

  • Une critique de Suzanne Jacob paru dans le No 300 de la revue Liberté.
    C'est avec grand plaisir que nous accueillons dans nos pages l'auteure Suzanne Jacob. Dans ce premier texte pour Liberté, elle se demande quel est le véritable enjeu du dernier film de Bernard Émond. Cette histoire d'héritage est peut-être plus inquiétante qu'on ne le croit.

  • Doit-on rester la statue qu'on devient poésie quand on nous lance à bout de bras ? Doit-on rester comme on est tombé debout, comme on est tombé couché, doit-on rester pareil comme avoir été lancé nous a mis et attendre la remise des prix ? Amour, que veux-tu faire ? La voix et le mot, la parole et le sens, tout s'accorde dans la poésie de Suzanne Jacob pour nous faire vivre une singulière expérience de lecture.

  • Suzanne Jacob écrit comme d'autres pratiquent la divination. Ses textes sont des sortes d'oracles. Ce sont des énigmes qu'elle nous propose, mais des énigmes qui ouvrent le réel et nous donnent accès à son sens le plus profond.

    Un homme et une femme n'arrivent plus à empêcher la mort de s'immiscer entre eux, un enfant est témoin de la trahison de son père, une mère et sa fille déjà adulte discutent des dangers qui menacent hors de la maison et des avantages de rester bébé, deux amies se demandent s'il est possible qu'un homme ait été sincère quand il a écrit une lettre d'amour à une femme quatre mois jour pour jour avant de rompre avec elle. Chaque fois, Suzanne Jacob nous emmène voir l'envers du décor et nous révèle quels secrets, horribles ou merveilleux, se cachent derrière les idoles.

    C'est le hasard qui décide de ce qui arrive dans ces nouvelles, le hasard comme choix, évidemment, comme geste, comme décision, comme puits de pétrole et gros couvercle pour colmater les brèches, le hasard qu'incarne ce dé en bois de chêne qui apparaît dans la première nouvelle, un des textes les plus beaux et les plus envoûtants que Suzanne Jacob nous ait jamais donné.

  • « Être est une activité de fiction, ça veut dire qu'on ne peut penser et parler, penser et transmettre, penser et agir que grâce à la puissance fictionnelle de la langue elle-même et qu'on invente sa vie avec la fiction de la langue. Si nous pouvions, comme espèce humaine, intégrer cette petite chose si simple, nous ne verrions plus jamais ce que nous pensons ni ce que nous croyons de la même manière. Mais l'appareil narratif qui nous sert à créer nos histoires ne veut pas de cette petite chose très simple. C'est une idée qui l'empêche de fonctionner comme il sait devoir le faire pour la survie et le maintien de l'espèce. Nous ne pouvons pas reconnaître la nécessité de croire à nos propres histoires et nous tombons toujours des nues lorsque nous entendons parler des croyances des autres. Nous nous voyons comme des êtres affranchis de toute croyance à un moment où notre foi à l'imminence d'une réponse technologique définitive à la souffrance, à la maladie et à la mort est plus forte que jamais. Chaque individu, puis chaque groupe d'individus, ne peut survivre sans les fictions qui le constituent, qui lui permettent d'entreprendre de génération en génération ses versions du monde. » D'où viennent les histoires ? Comment naissent-elles ? Que faut-il faire pour que nous les entendions résonner en nous ? À ces questions à la fois très simples et infiniment complexes, Suzanne Jacob propose des réponses à sa manière : subtiles, émouvantes, écrites dans une langue dont la sensibilité et l'amitié convainquent.

  • Suzanne Jacob rassemble ici deux suites poétiques inédites. Elle nous invite, selon son habitude, à un séjour dans le dos des images, dont nous ne pourrons revenir sans étonnement.

  • Je m'appelle Galatée, dite Gala. Baldwin dit que j'ai tendance à me prendre pour Dieu le Père. Cyrille dit que, si mon père Pigue découvre la nature de notre relation, il sera impuissant contre nous. C'est un secret de la confession. Augustine dit que mon père et la bonne savent l'heure et que c'est ce qui les tient en respect l'un de l'autre. Mon mari, le père de Jean-René, dit que c'est Pigue qui a détruit notre mariage. Cher Godard dit qu'une femme est une femme. Rien d'étonnant à ce qu'il y ait deux Gala. Une qui discute de la question de Dieu avec la vitre du wagon du train qui roule vers Montréal, et la deuxième qui se prend pour la réalité depuis le début de l'éternité. Mais la vie va trop vite trop lentement. Voici que se profilent Babey et, dans son sillage, Bottes Boulé et l'Araignée, le Bourru et Nathe, une sordide histoire de dollars. Plongée dans un western mythologique, Gala se débat afin d'assurer sa survie, la survie de l'espèce Gala. Mon cher Godard, à l'aide !...

  • Dans ces nouvelles, le rire est le propre de la pensée, un acte de penser au plus près de sa source, une capacité de s'étonner, de ne pas subir. Le rire de Suzanne Jacob nous respecte jusqu'à nous rendre intelligents.

  • Laura Laur

    Suzanne Jacob

    "Laur ne parlait pas souvent. Elle regardait. Comme je suis venu douze mois après elle, elle m'a sans doute regardé à partir du début. Elle prenait sa face de caillou, sa face de grosse roche éternelle. Je suivais son regard. Je me sentais exister. Souvent, on n'avait pas faim du tout tellement on regardait. Je ne sais pas si ce que je dis a un sens. C'est très difficile d'être certain d'une chose quand on a passé son enfance avec Laur."
    A l'instar de tous les amis qui l'ont connue, son frère Jean s'interroge : mais qui est donc Laura Laur ?
    Suzanne Jacob nous confie quelques pièces du puzzle, quelques éléments de réponse pour une énigme lancinante. Et ainsi apparaît peu à peu le portrait d'une femme qui se donne et s'échappe, qui dit vrai et qui ment, comme si la vérité n'était pour elle qu'un mensonge parfaitement répété. Sa vie se lit et se perd dans le regard des autres - frères ou amants, comme les rayons de lumière dans le kaléidoscope.
    Suzanne Jacob a fait de la musique, du théâtre, de l'édition. Elle écrit des poèmes et elle chante. Nomade par la chanson, sédentaire par l'écriture, elle est née au Québec. Elle vit actuellement en France où elle donne de nombreux récitals.

  • Rouge, mère et fils. Au centre de la toile, une mère. Delphine et son fils Luc. Tournoyant autour d'eux, les hommes de Delphine, Félix, Simon, Lenny et Lorne. Ils aiment, ils doutent, ils racontent des histoires, parlent pour mieux se taire. Il faudra une mort, celle de Lenny, et l'arrivée d'un étranger, le Trickster, pour que Luc trouve sa place en ce monde et que Delphine consente enfin à rendre les armes.
    Très contemporain, ce roman d'amours où chacun cherche sa place et son histoire, se déroule pour une grande part sur les vastes étendues québécoises. Il arrive qu'on y croise des Hell's Angels et qu'on y entende le chant du huart. Mais le désarroi qu'il traduit est lui, universel.
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  • Nathe et Alexa ont saisi l'occasion de la mystérieuse maladie de leur mère pour mener leur barque et s'aventurer, chacune à sa manière et à l'insu de l'autre, au-delà des limites de Carouges, le village où elles vivent, au bord du fleuve. Les adolescentes prennent la route pour le Nord, jusqu'au pays de l'autre versant, là où les eaux des rivières coulent vers un autre océan. Nathe et Alexa atteignent enfin Aiguebelle où les événements se bousculent, obligeant Nathe à prendre la direction des opérations. En effet, Blanche, son arrière-grand-mère, et la vieille Inuite Aanaq ont besoin d'elle pour que s'accomplisse, de toute urgence, la dernière fugue.

  • La dernière Rencontre québécoise internationale des écrivains, dont Les écrits publient la conférence et l'allocution inaugurales, prononcées respectivement par Suzanne Jacob et André Roy, avait pour titre Éros et ses fictions. Fiction érotique devient érotique de la fiction où l'imagination amoureuse et la créativité propre au désir font un avec l'inventivité verbale. C'est ce dont témoigne tout le numéro, notamment dans les fictions sexuées de Jean Pierre Girard et Jacques Abeille, les essais sur l'amour de Bertrand Leclair et Yannick Haenel, et les poèmes de Gilles Cyr, Hélène Dorion, Benoît Jutras et plusieurs autres. L'oeuvre peinte et sculptée de Garen Bedrossian accompagne les textes de ce numéro.

  • Les anniversaires offrent d'utiles temps d'arrêt pour se situer par rapport au passé et s'interroger sur ce que pourrait être le futur. La parution du cinquantième volume d'une revue universitaire, phénomène encore assez rare dans l'histoire de l'édition savante au Québec, a semblé un heureux prétexte pour consacrer la totalité de ce volume au rôle que la revue Études françaises a joué dans la vie littéraire québécoise et pour envisager l'avenir en insistant sur la place de notre revue dans la Cité au moment où des changements importants s'opèrent dans les modes de diffusion de la connaissance.

    Le numéro double, qui ouvre ce volume jubilaire, est ainsi entièrement consacré au prix de la revue Études françaises et à ses lauréats qui ont répondu de manière assez exceptionnelle à la mission que se donnait explicitement la revue d'être « un lieu où la littérature se fait ».

  • Au problème complexe des finances de l'État, il y aurait, nous dit-on, une réponse simple : couper, démanteler, réduire, détruire, restreindre. Devant la diminution de sa marge de manoeuvre politique, la réponse de notre gouvernement se résume ainsi à diminuer davantage cette marge de manoeuvre. Drôle de réflexe. Nous avons souhaité réfléchir à ce paradoxe dans le nouveau numéro de Liberté : au-delà de sa dimension économique, quelles sont les implications sociologiques, psychologiques et esthétiques de l'austérité ?

  • Vous trouverez dans cet extrait tous les articles du rétroviseurs sur Anne Hébert, paru dans le No 301 de la revue Liberté.

    Pourquoi inaugurer le « Rétroviseur » avec Anne Hébert ? D'une part, il nous semblait qu'elle jouit d'un tel prestige institutionnel qu'il devient un peu difficile de la lire hors des ornières scolaires. De plus, contrairement à d'autres « grands auteurs » québécois, il nous apparaît plus difficile d'identifier avec précision la postérité de son oeuvre chez les plus jeunes. Il nous semblait aussi, peut-être à tort, que la violence et la puissance de son travail étaient souvent escamotées au profit d'un vernis de terroir ou d'un romantisme de pacotille. Nous avons demandé à quatre écrivains - et pas les moindres ! - de casser la glace. Ils ont largement dépassé nos attentes et ont signé des textes singuliers et engagés qui redonnent un lustre à l'oeuvre d'Hébert. Pour tout dire, ça donne follement envie de replonger dans ces beaux livres obscurs.

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