Martine Audet

  • Le numéro 142 de Les écrits passera à l'histoire comme le premier de deux volumes soulignant les 60 ans de la revue. Intitulés « Passage de témoins », chacun des volumes rassemblent vingt duos d'écrivains jeunes et moins jeunes témoignant de l'éternelle jeunesse d'une littérature qui a atteint, à l'instar de la revue, une grande maturité et un plein épanouissement à travers plus d'un demi-siècle d'épreuves et d'expériences qui n'ont cessé de la renforcer. Un passage de poètes, de romanciers et d'essayistes saisi au moment où le « bâton à message » que représente la parole-témoin passe de main en main ou de bouche en bouche pour assurer la transmission de la voix et du regard que la littérature consacre depuis toujours à notre monde et à son histoire.

  • Les mots et les images dans Les écrits ne font pas que se côtoyer : ils se compénètrent, s'imprègnent les uns des autres, s'impriment l'un sur l'autre, s'influencent, se contaminent, les premiers devenant l'ombre portée des seconds et inversement... C'est d'autant plus vrai dans le présent numéro, dont l'iconographie a été confiée à l'artiste-écrivain Alain Fleischer qui, en plus de nous offrir une quarantaine d'images, nous a donnée un texte d'une grande force, Le bain de Diane, où il met en relation pour une très rare fois ses deux passions, pour la littérature et les arts visuels. Puis, des textes de Jacques Henric, Antoine Volodine, Christian Thorel et François D. Prud'homme accompagnent ou analysent les imaginaires de l'oeuvre de fleischerienne. Ailleurs dans ce numéro, un hommage à la traduction ainsi que les contributions de Martine Audet, Diane Régimbald, Paul Chanel Malenfant, Louis-Philippe Hébert, et plusieurs autres.

  • La dernière livraison des Écrits s'ouvre sur une trilogie d'auteurs de premier plan : John Montague, un des plus grands poètes irlandais de notre temps, Michel van Schendel, autre grand poète disparu il y a dix ans, et Patrick Quillier, poéticien, traducteur et spécialiste de Pessoa. On trouve aussi dans ces pages des inédits Serge Patrice Thibodeau, Martine Audet et Paul Bélanger, des essais de Denis Grozdanovitch, Marie-Andrée Lamontagne, Robert Hébert et Matthieu Brouillard, des récits de Catherine Harton, Antoinette de Robien, Olivier Gamelin et Donald Alarie, ainsi que des poèmes de Luc C. Courchesne, Nelson Charest, Evelyne Gagnon et Albert G. Paquette. De plus, un dossier consacré au thème de « L'acte littéraire à l'ère de la posthistoire », se penche sur les enjeux de la littérature en notre époque marquée par le sentiment de fin, y compris celle de l'art et de la poésie.

  • Quest-ce que je dis dans ce que je tais ? Quest-ce que je tais dans ce que je dis ? Lié à la nécessité de dire autant quà son incapacité, Des voix stridentes ou rompues est un recueil qui se déploie à même le remous, la violence inévitable de toute apparition, de toute disparition, afin de rendre compte de cette tension que le cur anime comme un appel.
    Chaque poème étant semblable à une pierre de parole et de silence ou plutôt à londe que soulèverait cette pierre jetée dans le puits de la voix, chacune des sections du recueil tente, par le mouvement ainsi créé, datteindre la limite renversante et révélatrice de notre présence au monde, et ce, au risque du terrible, mais aussi face aux beautés les plus prenantes.

  • Suie, pleurs, étoiles, neiges et quelques floraisons, le poème n'est-il pas, comme les cendres, ce que l'on recueille avant la dispersion? Et le geste, le souffle du poète, celui d'un laveur/laveuse de cendres?
    Dans un enchaînement de glissements, de heurts et d'abandons, et sans jamais éviter le coeur, les poèmes de La société des cendres tentent de dégager l'empreinte, volatile certes, mais néanmoins fascinante, des tumultes, éclats et mystères de notre présence autant que de notre absence à l'autre et au monde.
    La deuxième partie, Des lames entières (d'abord paru en livre d'artiste avec des gravures de François-Xavier Marange), s'attarde, quant à elle, à ce qui construit ou entrave les mouvements parfois tranchants, parfois de fond, du comment être, à même la perte et ses souffrances, pour ouvrir un passage, entre désir et peur, à de possibles métamorphoses.

  • L'émergence rapide, voire spectaculaire, de nombreuses maisons d'édition qui survient au tournant des années 2000 constitue l'un des principaux indices d'une transformation du paysage littéraire du Québec ; c'est le point de départ de ce dossier. Devant l'impossibilité de proposer ici une analyse exhaustive de ce phénomène récent et complexe, nous avons plutôt choisi d'interroger, à partir d'un premier échantillonnage, le mode de fonctionnement de certaines de ces nouvelles maisons dans des études de cas (La Mèche, Rodrigol), de cibler des pratiques précises (le paratexte éditorial) et d'explorer comment les mutations que permettent les nouvelles technologies étendent et refaçonnent le champ de l'édition. Nous avons également souhaité prendre la mesure de la nouveauté de la littérature qui naît dans ces conditions en posant à ces corpus des questions critiques en quelque sorte canoniques de la littérature québécoise, celles de l'identité et de la langue d'écriture.

  • « Où regarder encore ? » Ainsi se termine « Je demande pardon à l'espèce qui brille », le deuxième tome des « Grands cimetières » ; par là est venu « Ma tête est forte de celle qui danse ». Hantés par un je peux qui prend feu, prend froid, creuse, s'élance, se retourne et tremble, les poèmes de ce livre se veulent à la fois soulèvement d'une langue face aux craintes ou aux voeux, et mouvement qui cherche à prendre ensemble les transparences et les opacités du monde afin que tout se perde et que tout s'ouvre aux commencements.

  • Fixer l'image, l'occuper ou s'y dissoudre. Les poèmes de «Tête première / Dos / Contre dos» explorent ce qui nous précipite, parfois nous saisit, souvent nous invente. En trois mouvements qui articulent la mémoire de ce qui est advenu et la mémoire de ce qui est à venir, ce livre se veut une rencontre, la rencontre de ces fins qui nous tournent et nous retournent, entre crainte et ravissement, parmi les rêves, là où réellement le coeur bât.

empty